Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/611

Cette page n’a pas encore été corrigée
607
UNE ÉTOILE PASSA…

— Bonjour, mon capitaine, fil mélodieusement derrière lui une voix bien coiiiiuo.

Il ne tomba pas èi la renverse, il ne lui sauta pas au cou. Elle était là, subite et toute naturelle, comme une cliose simple et miraculeuse à la fois, avec celte lrani|uillilé des rêves accomplis. Alors seulement il com[)ril conibien il l’avait attendue.

Elle était venue simplement, comme elle l’avait promis, au premier signe, obéissante ; elle avait trouvé la dépôclie la veille au soir, au retour d’une tournée dans les Vosges. Elle n’avait même pas eu à défaire sa valise. Elle s’ex|>rimail gaiement, gentille et gracieuse. Et il semblait h Uenjamin que tout était prévu et ordonné ainsi de toute éternité. Ils roulaient à présent sans heurts à travers cette majestueuse plaine des Flandres, sous ce vaste ciel gonllé comme une voile d’une plénitude infinie. Ils allaient assis côte h côle sans se donner la main. Ils voyaient glisser aux portières les ormes de la route, les clocbers lointains encadrés plus longtemps dans les vitres, les mâts de navires à l’ancre dans les bassins de Gravelines, les moulins, les nuago><, toutes les choses qui donnent à ces campagnes une apparence ailée, royaume de l’air et du souflle ; ils considéraient parfois sur un mur de village, dans une course ralentie, quelqu’un de ces Calvaires enluminés et verlainiens, oîi des angelots recueillent dans des calices le sang des [daies du Crucifié. C’était dimanche. Benjamin n’avait même pas besoin de regarder Brigell, Elle était là. Toute la nature lui olfrait le rellet de son bonheur. Il ne la questionnait pas, ne lui parlait pas d’amour, ne lui demandait pas aulre chose que sa présence. A quoi bon ? Toutes les paroles, qijand on aime, sont des paroles d’amour. Il racontait sa vie, les événemens de ces trois semaines, son prochain départ pour Verdun. Elle avait tout deviné. Il ne lui disait rien d’Eugène, ne cherchait plus à s’inquiéter pour qui elle était venue. Ils savaient bien tous deux qu’ils étaient là l’un pour l’autre.

Elle le savait, elle aussi. Elle éprouvait pour l’officier un de ces caprices de femme gâtée qui venait de lui faire traverser toute la France, et qui pouvait jouer l’illusion de l’amour. Elle était heureuse du bonheur qu’elle donnait, et elle prenait pour de la tendresse le refle.t qui lui venait de l’émotion de Benjamin ;