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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/484

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480 REVUE DES DEUX MOMDES.

ses troupes des succès remportés en Russie et en Roumanie, il sp v.uite et il les vante. L’intrigue et la corruption y ont eu leur forte part. Mais n’allons pas dire que sa prose ne contient pas un mot de vrai. Il en est un quile sera, si nous le prenons pour nous. « La paix par l’épée. » C’est l’épée qui fera la paix. Maintenant que l’Europe centrale a rompu, du côté de l’Orient, le cercle de fer où elle étouffait, et que, dans quelques mois, elle en pourra tirer de quoi se ravitailler et se réapprovisionner, on ne la réduira plus par la famine ou le manque de matières premières. « Jusqu’au bout ! » nous devons le dii’e plus que jamais; oui, mais, « le bout, » nous devons savoir que ce n’est plus le blocus qui nous le donnera. Cette guerre ne finira plus que militairement. Mais, pour qu’elle finisse militairement, et qu’elle finisse bien, il nous faut « la penser, » et « l’agir, » la conduire ; la faire, non la laisser se faire. Le temps n’est plus notre plus puissant auxiliaire, et l’espace, avec la Russie, se dérobe. Le champ de bataille se circonscrit, se précise ; peu à peu, l’Yser, l’Aisne, la « montagne » de Reims, la Champagne, la tranchée de Galonné, la banlieue de Lunéville, les vallées des Vosges s’allument. Nous avons assez parlé. C’est l’heure du silence propitiatoire, c’est la sainte veillée des armes. Nourrissons, de nos amours et de nos haines, de nos souvenirs et de nos deuils eux-mêmes, notre volonté de vaincre. Recueillons-nous dans la communion de la patrie. « Ils ne passeront pas I » Mais l’endurance ne suffit point, il faut l’efTort. La patience n’est peut-être pas la moindre des vertus guerrières; toutefois, la plus féconde, la seule décisive, est l’action. Et il n’y a pas d’action pleine, totale, intégrale, capable de forcer le Destin, si, par principe ou par accoutumance, on en retranche l’initiative.

Charles Benotst.

Le Directeur-Gérant :

René Doumic.