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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 44.djvu/238

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234 REVUE DES DEUX MONDES.

n’avaient pas cherchés, les iiimrsions et les pillages des maximalistes, les avaient, comme nous l’avons dit, amenés à refluer en Bessarabie^ jusque sur le Dniester, qui est le grand pourvoyeur d’Odessa. A cet effet, le maréchal de Mackensen, au nom du gouvernement allemand, a, le 6 février, sommé le gouvernement de Jassy d’engager dans un délai de quatre jours des négociations de paix, faute de quoi, ce délai expiré, il reprendrait les opérations militaires, interrompues par l’armistice étendu aux troupes roumaines. La Roumanie s’est alors trouvée dans cette situation paradoxale d’être pressée en même temps, d’une part par les Allemands, de l’autre parles bolchevikis, également tentés par la famine de se réconcilier sur son dos, et d’une troisième, en surcroît, par l’Oukraine, désireuse de la contraindre à évacuer la Bessarabie. Ce triple péril était grave pour une armée héroïque, mais isolée, et pour un peuple ferme en ses souvenirs comme en ses espérances, mais à demi expulsé de ses foyers. Quatre jours tout brefs pour répondre, c’était le couteau sur la gorge; et la réponse était en quelque manière dictée par la brièveté même du délai, arrachée, enlevée à la pointe du fer. On peut conjecturer ce qui s’est passé; et il n’y a pas à présent d’inconvénient à l’indiquer. Le Roi, le gouvernement, les représentans de la nation restés à Jassy, les chefs militaires, tout ce qui compte encore, dans le pays s’est senti uni d’un commun cœur en un sentiment commun auquel il eût été aisé de donner sur le champ une expression commune. Mais il importait de voir auparavant si l’on pourrait être sinon entendu, au moins deviné du dehors: et, séparée du monde comme l’est la Roumanie sur son îlot, quatre jours pour recevoir ne fût-ce qu’un conseil étaient bien peu.

Il fallait donc gagner du temps. M. Bratiano, dans cet esprit, a présenté sa démission, que, dans le même esprit, le Roi a acceptée. Ensuite le souverain, marquant nettement ses intentions, a chargé le général Averesco, dont le nom est tout un programme, de composer le nouveau Cabinet . Pendant que ce ministère se formait, la couronne était constitutionnelle ment découverte, le pouvoir était constitutionnellement vacant, et la réponse exigée était impossible, puisqu’il Ti’y avait personne qui, constitutionneUement, pût la contresigner. Cet expédient permit de traîner les choses du 10 au 20 ; dix longues journées durant lesquelles la Roumanie interrogea, scruta anxieusement l’horizon. Mais tout a une fm. En butte à la fureur allemande, surexcitée et fouettée par la convoitise, à la rage desmaximalistes qui ont arrêté, chassé, essayé de faire assassiner son