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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/944

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total plus d’un million de malades et plus de 145 000 morts. Ces chiffres sont peut-être un peu trop forts, car les conditions hygiéniques au front se sont beaucoup améliorées depuis le début, et elles peuvent avoir contribué pour une part à la décroissance de la courbe. — Il n’en reste pas moins que l’ordre de grandeur des chiffres précédées est exact, et qu’il suffit à montrer que c’est une immense armée que la France doit à la vaccination antityphique et qui lui a été épargnée par celle-ci.

On comprend dans ces conditions que ceux qui ont mené à bien cette œuvre aient pu avec une légitime fierté constater que, finalement, les cas de maladies typhoïdes observés aux armées sont aujourd’hui sept fois moins nombreux et les décès huit fois et demi plus rares qu’en temps de paix !

Le pluriel que je viens de souligner appelle une explication : les premières séries de vaccinations faites aux armées en 1914-1915 étaient faites avec des vaccins provenant uniquement du bacille d’Éberth. Or, on constata tout d’abord, à la grande déconvenue du service de santé militaire, que si, dans ces conditions, l’épidémie de typhoïde était rapidement jugulée, en revanche les soldats étaient fréquemment atteints d’affections assez semblables à elle, quoique différentes, et que, suivant l’heureuse expression proposée par le professeur Achard, on appelle des fièvres paratyphoïdes.

On sait que le bacille d’Éberth ressemble beaucoup à un bacille du côlon ou colibacille, hôte habituellement inoffensif du gros intestin, si bien qu’il était d’abord impossible de les distinguer au microscope et que certains auteurs ont cru longtemps que le premier n’était qu’une forme du second différenciée sous l’influence des circonstances occasionnelles. On a néanmoins trouvé bientôt des méthodes de différenciation qui ont établi l’identité très nette et personnelle de ces deux bacilles, si différens par leurs effets, quoique morphologiquement semblables : parmi ces méthodes, à côté du procédé bien connu de l’hémoculture, la plus célèbre est celle du séro-diagnostic inventée par le professeur Widal, qui est une méthode générale s’appliquant à bon nombre d’affections et qui constitue une des plus brillantes contributions apportées à la médecine depuis un-quart de siècle. Le séro-diagnostic est fondé sur le fait extrêmement général, découvert par Widal, que le sérum d’un animal ou d’un homme auquel on a injecté un microbe déterminé possède la propriété d’immobiliser, de réunir en petites agglomérations, d’agglutiner spécifiquement une culture du même microbe. — Ce procédé permet de différencier