Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/942

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


artificiellement et avec précaution à des attaques soigneusement dosées de l’infection contre laquelle on veut le prémunir ; de même que la meilleure manière de se préparer à un duel ou à un pugilat est de s’y entraîner à la salle d’arme ou de boxe, avec un masque et une épée mouchetée et des gants. La vaccination immunisante est donc une sorte de traitement homéopathique. Elle est assimilable aussi au mithridatisme dont le nom provient, comme on sait, de l’astucieux roi de Pont, qui s’était habitué à ingérer des doses progressivement croissantes de poison pour se mettre à l’abri des entreprises toxiques de ses fidèles courtisans.

Comment se fait-il qu’on protège l’homme contre une maladie infectieuse quand on en détermine chez lui une forme atténuée ? C’est que celle-ci crée et mobilise en quelque sorte dans son organisme, par suite de ses réactions défensives naturelles, des corps nouveaux appelés anticorps, qui sont comme des sortes de troupes de couverture et qui sont prêts à combattre et détruire les toxines de la maladie 3lle-même. Telle est du moins une des théories à la mode, et se non e vero… En tout cas, les faits sont là, et incontestables, à défaut des explications qui n’importent guère.

Donc, et suivant cette méthode générale qui dérive directement des travaux pastoriens, pour créer une immunité contre la fièvre typhoïde, on injecte à l’homme, sous une forme convenable, un vaccin antityphique contenant des bacilles d’Éberth auxquels on a, si j’ose dire, ôté la plus grande partie de leur pouvoir offensif, et qui lui donne une typhoïde atténuée et anodine.

Le nombre des vaccins antityphiques de diverses sortes préparés par les savans, depuis qu’en 1888, MM. Widal et Chantemesse tirent leur première communication sur ce sujet, à la suite d’expériences sur les animaux, est très grand. A des titres divers et entre beaucoup d’autres, les noms des professeurs Widal, Chantemesse, Vincent, Wright sont plus particulièrement attachés à ce problème, à la solution duquel ils ont apporté des solutions remarquables. La première application sur une vaste échelle de la vaccination antityphique a été faite à l’armée anglaise des Indes par Wright, au moyen d’un vaccin où une culture du bacille d’Éberth avait sa virulence atténuée par un chauffage à 60°. Le vaccin de Chantemesse est également préparé par chauffage à une température voisine de celle-ci. Au contraire, dans le vaccin de Vincent, le même résultat est obtenu, non plus par chauffage, mais par action de l’éther qui stérilise convenablement la culture du bacille d’Éberth. Le professeur Vincent a en outre eu le premier