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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/879

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beaucoup moins étendue établie par M. Emile Zola pour ses Rougon-Macquart. Il y a là, toutes proportions gardées, une sorte de curieuse rencontre entre le maître du roman moderne et l’un de ses plus puissans admirateurs.

VICOMTE DE SPOELBERCH DE LOVENJOUL.

Villa close, août 1897.


AVANT-SCÈNE

Avant d’entreprendre le récit de cette histoire, il est nécessaire de se plonger dans le plus ennuyeux tableau synoptique dont un historien ait jamais eu l’idée, mais sans lequel il serait impossible de rien comprendre au sujet.

Il s’agit d’un arbre généalogique aussi compliqué que celui de la famille princière allemande la plus fertile en lignes qui se soit étalée dans l’Almanach de Gotha, quoiqu’il ne soit question que d’une race bourgeoise et inconnue.

Ce travail a d’ailleurs un mérite. En quelque ville de province que vous alliez, changez les noms, vous retrouverez les choses. Partout, sur le continent, dans les îles, en Europe, dans les plus minces bourgades, sous les dais impériaux, vous rencontrerez les mêmes intérêts, le même fait.

Ceci, pour employer une expression de notre temps, est normal.


I

Sancerre est une des villes de France où le protestantisme a persisté. Là, le protestant forme un peuple assez semblable au peuple juif : le protestant, y est généralement artisan, vendeur de merrain, marchand de vin, prêteur à la petite semaine, avare, faiseur de filles, il trace, il talle comme le chiendent, demeure fidèle aux professions de ses pères, par suite de son obéissance aux vieilles lois qui lui interdisaient les charges publiques ; et, quoique, depuis la Révolution, les ordonnances prohibitoires aient été abrogées, le libéralisme et l’aristocratie, ces deux opinions ennemies, [ont] fait moralement revivre, sous la Restauration, les anciens préjugés.

Il y a la riche bourgeoisie protestante, et les simples artisans industrieux, deux nuances dans le peuple. Or, la bourgeoisie