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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/871

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Le plaisir, — c’est-à-dire amour, force, prière, —
Eut en moi son prêtre ébloui ; Je ne puis accepter de tâche familière,
J’étais vouée à l’inouï.

Je ne peux pas vouloir que toujours se prolonge
Un chemin qui va décroissant ;
Le réel m’offensait, la tempête et le songe
Secouraient mon âme et mon sang.

Certes, j’ai bien aimé la raison, haute et nette,
Elle fut mon rocher rêveur ;
Mais ayant soutenu ses volontés secrètes,
Je cède ma force à mon cœur.

— Beau ciel d’un jour d’automne, où vraiment rien n’espère,
Ni l’azur froid, ni l’air peureux,
Accueillez dans le deuil calme de l’atmosphère
Mon chagrin candide et fougueux !

Accueillez votre enfant qu’ici plus rien ne tente,
A qui ce drame prompt survint
D’avoir bu la douleur au point d’être contente
De quitter le soleil divin !


QUE SUIS-JE DANS L’ESPACE ?…


Que suis-je dans l’espace ? Et pourtant je contiens,
Cependant que le temps me dédaigne et me broie,
L’infini des douleurs et l’infini des joies,
Et l’univers ne luit qu’autant qu’il m’appartient !

Imperceptible grain de la moisson des mondes,
Les flagellans destins me sont des oppresseurs,
Et pourtant, par mes yeux sans entraves, j’affronte
Les astres dédaigneux dont je me sens la sœur.
Nul ne peut contester cette altière concorde
A l’esprit que soulève une incessante ardeur,
Car c’est par le regard que l’être a sa hauteur,
Et l’âme a pour séjour les sommets qu’elle aborde !