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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/865

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A MON FILS


Mon enfant, tu n’avais pas l’âge de la guerre,
Tu n’eus pas à répondre à ce grand « En avant, »
Pouvais-je me douter, quand tu naissais naguère,
Que je te destinais à demeurer vivant ?

Trois ans, quatre ans de plus que toi, les enfans meurent,
Car ce sont des enfans, ces sublimes garçons,
Bondissant incendie au bout des horizons,
Tandis que ton doux être auprès de moi demeure,
Et qu’au son oppressant et délicat des heures
Ta studieuse voix récite tes leçons.
— Et voici qu’une année aisément recommence !
Mon cœur, de jour en jour, est moins habitué
A la mystérieuse et sanglante démence,
Et je songe à cela, d’un cœur accentué,
Cependant qu’absorbé par l’Histoire de France,
Tu poses sur la table, avec indifférence,
Ta main humble et sans gloire, et qui n’a pas tué.


ODE A UN COTEAU DE SAVOIE


Espiègle soleil, tu ris
Sur la sourcière prairie,
Où trois, quatre sources jettent
Leur eau tintante et replète,
Qui gonfle, et vient humecter
L’herbeux tapis de l’été !
Les petits arbres fruitiers
Sont posés tout de travers
Sur ce coteau lisse et vert !
Un neuf et frêle poirier,
Par ses feuilles sans repos,
Pépie autant qu’un oiseau :
Il frémit, babille, opine,
Sous la brise la plus fine.