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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/848

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formidable surcharge ? Et les parlementaires voteront-ils des mesures faites pour détacher d’eux leurs électeurs ? Un veto perpétuel des célibataires fera tir de barrage contre les mesures efficaces en faveur de la famille. Où ils resteront les maîtres, elle continuera d’être, au lieu de représentée, sacrifiée.

Que la famille, sans laquelle il n’y a ni individus ni patries, n’ait pas autorité dans l’État, voilà le désordre générateur de tous les autres. Si la société est un être continu dans ses évolutions successives, si chacune des générations a le droit et le devoir de transmettre intact ce qui ne vieillit pas dans l’héritage des pères, il est inadmissible que le destin tout entier de l’être durable soit abandonné à l’arbitraire perpétuellement souverain de passans ; que les garanties les plus essentielles à l’avenir puissent être détruites, compromises, maladroitement servies par les haines, les préjugés, les zèles insuffisans de maîtres éphémères ; que des êtres déjà vivans ne soient pas admis à protéger leur avenir déjà contemporain. Aujourd’hui, les jeunes gens de dix-huit, de dix-neuf et de vingt ans sont les soldats de la France ; ils souffrent, et beaucoup meurent pour des fautes plus vieilles qu’eux, pour la longue imprévoyance des aînés, et parmi ces aînés abondent des solitaires hors d’âge, incapables de se battre, destinés à disparaître demain sans descendans. Les premiers, même quand ils donnent leur existence, n’ont pas d’avis à donner ; les seconds gouvernent cet avenir qu’ils ne verront pas. Dans l’Etat comptent pour rien ceux qui sont la force, la durée et le nombre.

C’est au nombre que le suffrage universel a prétendu remettre l’empire. Il ne l’assure qu’aux majeurs mâles ; or, la totalité des adultes n’atteint pas à la moitié de la population. La majorité appartient à la masse des enfans et des adolescens. Pour que la promesse du suffrage universel cessât d’être un mensonge, il ne suffirait pas que la femme, aujourd’hui écartée du’ vote, partageât avec l’homme la souveraineté. Chez les femmes aussi, les non-mariées et les mariées sans enfans l’emportent : le suffrage des femmes n’assurerait donc pas la représentation de la famille. La réforme essentielle est que les plus nombreux de la famille, les non-adultes, obtiennent une part légitime de pouvoir dans l’Etat. Dès qu’ils naissent, naît leur intérêt à la sagesse des lois, à l’ordre des finances, à la paix du monde. Ils sont même ceux dont l’intérêt à la prospérité générale est