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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/846

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et, pour rançon de joies intimes, la chance de grandes douleurs. S’imagine-t-on acquitter tous ces sacrifices par des bonnes-mains dérisoires ? Ne faisons fi de rien : les moindres avantages peuvent déterminer, dans les plus âpres calculateurs, des cupidités créatrices. Mais ne mettons pas notre confiance en de tels dédommagemens. Pourquoi, dira-t-on, le Parlement n’élèverait-il pas les subsides jusqu’à les rendre efficaces ? L’argent lui coûte si peu ! Au contraire, certain argent lui coûte fort cher. Il faut pénétrer au fond des choses : la générosité envers la famille est incompatible avec certaines doctrines de gouvernement.


II

Un des hommes les plus éminens qu’il m’ait été donné de connaître, l’amiral de Gueydon, me répétait autrefois : « Le célibat mâle est le maitre de la France. Il y règne seul sous le faux nom de suffrage universel. La est notre pire malheur. »

La France a dans sa population d’adultes, à peu près six millions de célibataires qui ne forment pas la majorité. Mais il faut leur adjoindre deux millions d’époux qui n’ont pas d’enfans. Ne sont-ils pas des demi-célibataires les trois millions d’époux qui s’en tiennent à un enfant ? On atteint ainsi à onze millions. Les époux qui ont plus d’enfans, — et parmi lesquels plus de deux millions et demi en ont seulement deux, — sont six millions et demi. Donc, en France, l’autorité n’appartient pas à ceux qui perpétuent la race.

Le principe essentiel de la société contemporaine, la religion du bonheur personnel, eût été trahi si les maîtres de l’État n’avaient mis en exploitation, à leur profit, les ressources de l’Etat : secours, places, faveurs, tous ces avantages matériels se sont trouvés acquis et comme monopolisés par le célibat. La restauration de la famille française, si elle doit se faire à prix d’argent, apporte aux célibataires un double préjudice : il leur faudra constituer des privilèges pécuniaires dont ils seront exclus et qu’ils auront à payer. Ils représentent des intérêts non seulement étrangers, mais contraires à ceux de la famille. Voilà pourquoi la détresse où elle sombre n’a obtenu du pouvoir le plus converti à la toute-puissance de l’argent que l’intention de subsides misérables, et quand ils seraient votés, les époux gagneront trop peu pour conclure le marché. Hors du