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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/836

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coûte que coûte, il coupa court à toutes les hésitations, et mit tout le monde en présence du fait accompli.

Les broyeurs de noir avaient annoncé que le peuple d’Athènes se soulèverait comme un seul homme si l’on essayait de toucher au Roi. Or le peuple ne bougea pas. Même les partisans les plus dévoués du Roi, cette clientèle personnelle que Constantin et la reine Sophie s’étaient constituée par leurs largesses, ces épistrates embrigadés pour soutenir la politique personnelle du souverain, tout ce monde se résigna immédiatement à l’inévitable. Ils sentirent tous, — et le mot d’ordre venait d’en haut, — qu’on était, cette fois, en présence d’une force supérieure qui briserait impitoyablement toute résistance.

Pour l’ensemble du pays d’ailleurs, la solution intervenue, quelque radicale qu’elle pût paraître, marquait la fin d’un véritable cauchemar. La situation si troublée, si confuse, redevenait claire. Depuis des mois et des mois, la Grèce étouffait sous l’inimitié des Alliés qui bloquaient ses ports, arrêtaient ses bateaux, rationnaient ses vivres. Elle se demandait chaque jour quelle nouvelle exigence apporterait le lendemain. C’est que la Grèce, maritime et commerçante avant tout, ne saurait vivre dans un état d’hostilité prolongée avec les grandes Puissances maîtresses de la mer. Dans ce pays si intelligent où les esprits déliés et subtils saisissent si rapidement les choses, la plupart se rendaient bien compte que cette situation ne pouvait pas indéfiniment se prolonger. Il fallait en sortir d’une manière ou d’une autre. L’ultimatum de M. Jonnart dénouait cette crise. La vie redevenait normale. On pourrait maintenant se remettre à travailler. Ce sentiment fut pour beaucoup dans l’apaisement et la détente qui se produisirent aussitôt.

Cependant M. Jonnart recevait des télégrammes de Paris lui apportant les chaleureuses félicitations du gouvernement français. M. Ribot, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, faisait à ce sujet une déclaration à la Chambre qui votait l’affichage de son discours.


RAYMOND RECOULY.