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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/762

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Tel est le résumé fidèle d’un long récit. Dumouriez a conspiré. Louis-Philippe l’a su et n’en a rien dit. Que pouvait-il faire ? — Dénoncer son chef et se livrer lui-même à la Convention ? — Mais depuis la fin de 1792 il s’est attendu à être proscrit ; il l’a été en réalité : il avait même, on l’a vu, essayé de hâter cette proscription qui eût sauvé son père et mis les siens en sûreté. Et depuis le 21 janvier, la Convention lui fait horreur ! Son courage, sa piété filiale, son bon sens politique, son ardeur militaire n’avaient pu se relever de tels coups. Il était désespéré le 22 mars 1793 quand il reçut à Louvain les confidences de son chef. Il ne les trahit donc pas, mais ne s’y associe pas non plus, répétant : « Je suis soldat et je reste à mon poste, tant que je le pourrai. » Il ne fait pas autre chose pendant les folles galopades du 5 avril que suivre et obéir. L’a-t-on vu mettre au service des projets de Dumouriez les illustres relations de famille qu’il possède en Autriche, et qui, au premier mot, lui valent le plus chaud accueil et les propositions de l’archiduc Charles ? En aucune façon. Plus tard, avec son ton simple et honnête, il a écrit, et il en avait le droit : « Je ne rejoignis pas plus le drapeau de l’émigration de 1793 que celui de Ganden 1815. »

Ne jugeons pas à la légère la conduite des gens qui ont vécu dans ces temps effroyables ; mais démêlons le vrai, et ne leur prêtons pas des actes qu’ils n’ont pas accomplis.


DENTYS COCHIN.