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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/745

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infligée par leur propre père. Ils ont toujours aimé ce père fastueux, léger, aimable, très affectueux. Ils ont abondé gaiement dans ses idées, avec le sans-souci et la générosité de leur âge, riant de leurs dignités, et oublieux de leur fortune. Mais le roi est en prison ; et un crime se prépare.

Que peut-on attendre du Duc d’Orléans, mal conseillé, mal entouré et faible ? — A l’armée, le Duc de Chartres est dévoré d’inquiétude. Que n’a-t-il pu le garder avec lui à la guerre, l’éloigner des clubs et des assemblées ? Orléans en avait le désir ; mais, en 1791, Louis XVI avait obstinément refusé un commandement à son cousin. Il était alors venu à Maubeuge, en volontaire, amenant avec lui le petit Beaujolais, le faisant assister au combat de Wevelghem. Il avait voulu aussi suivre Luckner à Metz. Mais le Roi avait défendu au vieux maréchal de recevoir le Duc d’Orléans.

Pendant que Louis-Philippe se livrait tout entier à ses devoirs de soldat, son père, rentré à Paris, s’abandonnait, sans défense, à ses camaraderies et à ses habitudes. On allait tous les jours à la Convention, tous les soirs au théâtre. De cette routine, de cette manie persévérante en des temps si troublés il existe de curieux exemples. Quand les Girondins devinrent suspects au 31 mai 1793, il fut décrété, jusqu’à nouvel ordre, que chacun serait suivi d’un gendarme. Vergniaud échappe à son gendarme, sort de Paris, arrive sur les hauteurs de Saint-Cloud. Là il se retourne : la nuit tombe sur la grande ville, les flambeaux et les lanternes s’allument ; c’est l’heure de l’Opéra, tous les autres vont s’y rendre… A cette pensée, la tristesse l’accable. Héros en même temps que maniaque, il descend à la hâte dans Paris, va chercher son gendarme, et court ainsi accompagné au théâtre !

En décembre 1792, Louis-Philippe, ayant obtenu un congé de quelques jours, allait voir son père à Paris.

Le Duc d’Orléans est devenu Philippe-Egalité ; le Palais Royal, Palais-Égalité.

Le prince conventionnel habite encore ce palais, alors que toutes les demeures des princes, ses parens, sont désertes ou envahies par des intrus, et que le Roi est prisonnier au Temple.

A la vérité ce Palais Royal ne ressemblait guère à ce qu’il était encore lorsque Camille Desmoulins dépouillait de leurs feuilles vertes les arbres du jardin et distribuait cet emblème