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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/744

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Il suit Dumouriez dans les Flandres ; échange le commandement de la brigade des dragons Chartres, contre une lieutenance générale. A Jemmapes, c’est lui, à n’en pas douter, qui a assuré la victoire.

On avait organisé, à Châlons, les demi-brigades ; la vieille troupe de ligne était placée au centre pour soutenir, les volontaires. « En avant, Navarre sans peur ! » criait le vieux commandant Blanchard. On n’avait jamais pu l’en déshabituer. « Et nous, Auvergne sans reproche ! » répondaient d’autres vieux soldats. L’ardeur était unanime, et ces anciens cris de guerre ne détonnaient pas au milieu des « Ça ira, » de la troupe nouvelle.

Dans ses souvenirs, Louis-Philippe revoit le champ de bataille de Jemmapes : quelle peine pour débrouiller et ranger ses demi-brigades ! Mais sa division occupe le plateau, et s’empare des redoutes en face de Mons, Ferrand l’appuie à gauche, débouchant du village de Cuesmes. Quel beau jour ! Patrie, nouvelles et généreuses idées emplissant les cœurs : et devant les yeux l’ennemi en déroute !

Ce bonheur avait peu duré. L’année 1792 finissait mal. Moins d’ordre et de discipline dans l’armée. Il assiste à de ridicules élections d’officiers : un garçon d’hôtel, nommé capitaine, commande un jour : « Sauve qui peut ! » croyant fort sincèrement bien faire. Les volontaires de 92, troupe révolutionnaire que Louis XVI avait refusée, étaient loin de valoir ceux de 91.

Dumouriez l’avait envoyé assiéger Maëstricht, inutilement, sous les ordres du médiocre Miranda. Après l’échec de Neerwinden, l’armée abandonnant la Hollande s’était repliée devant le prince de Cobourg et son lieutenant Quasdanovitch, jusqu’à de nouvelles lignes voisines de Tournai.

C’est là que l’odieuse politique, évitée au profit des camps, vint poursuivre le jeune prince patriote. Elle l’amena à fuir l’armée qu’il aimait, où il s’était réfugié ; elle l’y contraignit comme La Fayette, comme Montesquiou et tant d’autres. Elle l’arracha de la selle de son cheval, préférée avec tant de raison et d’honneur aux bancs des assemblées politiques.


Une catastrophe, hélas ! trop prévue, va fondre sur la tête du Duc de Chartres et de ses frères : une honte, une tache