Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/743

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et deux cent quarante dragons. Mais tout va bien, puisqu’on part pour la frontière ! La colonne suit les longues routes de Beauce et pénètre en triomphe dans les petites rues de Chartres ; la foule applaudit. Pendant une halte à Paris, le colonel court à Bellechasse : il trouve le salon de Mme de Genlis plein de députés : Pétion entre autres, à qui elle marque une estime particulière. Il part à la hâte, ravi d’entraîner comme adjudant-major, son frère Montpensier, âgé de seize ans. Le colonel en avait dix-huit.

En 1792, soixante mille hommes sont réunis à Valenciennes, Maubeuge et Sedan, autour de Luckner, « un bon vieux hussard (ce mot est de Louis-Phi lippe) aimant la guerre, » sachant peu le français. « Vous avez carte blanche, lui dit un jour le ministre Lajard. — Carte blanche ! Que diable voulez-vous dire ? » répondait le vieux soldat interloqué.

Au 20 juin 1792, grand émoi dans les camps. La Fayette s’est rendu à Paris ; il a protesté bravement contre l’invasion des Tuileries, et réclamé par pétition la fermeture des Clubs. Il est revenu suspect, avec l’ordre de s’en aller à Sedan. En route, à la Capelle, il s’est arrêté ; il a envoyé Duport offrir au Roi de le rejoindre : c’est le 2 juillet, dernier mois de la monarchie. Louis XVI a refusé. La Fayette proscrit a dû fuir à Sedan, et les Autrichiens l’ont enfermé dans la citadelle d’Olmutz.

Le 10 août, le peuple de Paris achève la ruine du vieil édifice : le Roi est enfermé au Temple. Mais le 12 août, aux armées, c’est Valmy ! Dumouriez a tout sauvé en tenant ferme dans l’Argonne. Le camp de la Lune a été levé ; et Kellermann qui courait à Sommesuippe, pensant trouver Brunswick en marche sur Paris, n’aperçoit plus personne : l’ennemi a rebroussé chemin.

Dès lors, et pendant quelques mois, Paris a été oublié par le prince ; l’activité guerrière a absorbé son attention et ses forces ; et la joie de vaincre l’envahisseur a enivré son âme. Avoir la passion de l’art militaire, en avoir compris la grandeur et pénétré les secrets, aux côtés d’un chef plein de génie ; être général avant vingt ans, et le meilleur général de l’armée, au dire de ce chef : n’était-ce pas de quoi enchanter son âme et occuper toutes ses facultés ? — L’ennemi lui fait oublier les factions et les intrigues !