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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/742

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fortune de trouver contre la politique un refuge dans l’armée.

Son ardeur enfantine pour les manifestations civiques s’est éteinte. De nouveaux sentimens se sont élevés dans son âme : la passion du métier des armes auquel le colonel adolescent, dès le premier jour, avait consacré toute son intelligence, et l’amour de la patrie, l’horreur de toute connivence possible avec l’étranger. Il trouve de bons exemples parmi les généraux amis de son père, brillans seigneurs de l’ancienne Cour, comme Biron, comme Montesquiou, ayant accepté les idées nouvelles, et couru consacrer leurs talens et leur vaillance à la défense de la frontière : ils y demeurent même quand les troupes ont pris la cocarde républicaine. Troupes commandées par les chefs de l’ancienne armée, conservant heureusement bon nombre de ses soldats, et fidèles à ses traditions. Il veut devenir l’émule de ces généraux patriotes, avec ou sans cordon bleu. Hélas ! il subira bientôt le même sort.

Très vite la politique paternelle l’avait inquiété : le premier enthousiasme s’était éteint. Les déclamations des Assemblées, dans lesquelles son père se délectait, étaient pour lui sans intérêt. Ce n’est pas qu’il dédaignât les événemens politiques : il s’est livré à leur sujet à de profondes réflexions, dont nous fournirons plus loin des aperçus. Il est honnête homme, et déteste les crimes ; il est plein de bon sens, et se désole des fautes et des faiblesses.

Provisoirement, la Patrie étant en danger, le plus simple, le plus sûr devoir était d’aller se battre pour elle. Il n’y a pas manqué. Un joli mot exprime ses sentimens d’alors. A l’un de ses passages à Paris, Robert Keraglio, collègue de son père, familier du Palais-Royal, lui offre un siège à la Convention. Le Duc d’Orléans approuve l’idée. « Oh ! non, répond Louis-Philippe : je ne troque pas contre un banc la selle de mon cheval. »

Le boute-selle fut sonné pour le bon motif, je veux dire pour l’entrée en campagne, en 1791. Enfin ! s’écrie le jeune colonel : il attendait ce beau jour à Vendôme depuis deux ans. Lors de la prestation du serment civique, le régiment avait perdu beaucoup d’officiers. M. de Martin, M. de Lagondie lui disaient : « Permettez que nous prêtions serment au Roi en même temps qu’à la loi. » Il n’avait pu le permettre. Vingt officiers sur vingt-huit étaient partis. Il lui restait sept officiers « de fortune »