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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/741

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le Rond Mortemart et la Muette, rencontre un groupe de femmes : elles reconnaissent la livrée d’Orléans ; elles crient : « Où courez-vous si vite ? Vous êtes bien pressé, notre grand Duc ! »

A Passy, la garde nationale lui rend les honneurs. Ira-t-elle, n’ira-t-elle pas à Versailles ? La compagnie est aussi hésitante que son grand chef La Fayette, actuellement encore à l’Hôtel de Ville.

Il fend la foule, entre dans la maison où Mme de Genlis l’attend, et se met à la fenêtre. Le flot populaire s’avance gaiement. Les marchands de coco crient : « A la fraîche ! » Aux jours de grandes eaux de Versailles, la route de Sèvres est presque aussi animée. Cependant il recueille de méchans propos, terribles parfois, contre la Cour, surtout contre la Reine. Le retour, à la nuit tombante, devient sinistre. Il aperçoit dans une grande voiture marchant au pas, le Roi, la Reine, Madame Elisabeth, l’air fort calme. Quelques soldats du régiment de Flandre font escorte, mais débordés et mêlés à la foule. Tout à coup, vision d’horreur : une tête apparaît portée au bout d’une pique. Et il a vu, au milieu des éclats de rire, un perruquier arraché de sa boutique et contraint de friser des cheveux sanguinolens !

Où était le Duc d’Orléans ? Mme de Boigne prétend qu’un cavalier poudreux excitait et dirigeait la foule quand elle força la grille de la Cour de Marbre, et que sa femme de chambre, d’une lucarne de la bibliothèque, reconnut le prince. Légende peu vraisemblable. Lui-même a dit avoir voulu se rendre le matin à l’Assemblée et n’avoir pu franchir le pont de Sèvres, un poste ayant arrêté et menacé d’un coup de fusil son jockey anglais, qui poussait en avant, sans comprendre. Et son fils assure qu’il demeura tout le jour à Passy, — et fit bien, — sans réussir à désarmer la calomnie.

Il n’en fut pas moins invité par le Roi, après un procès commencé devant le Parlement et étouffé, à se rendre en Angleterre. La Fayette lui transmit la commission chez Mme de Coigny. Le prétexte était une mission secrète au sujet du Brabant révolté, appelant l’Assemblée nationale à son aide et peut-être souhaitant un souverain. Le Duc d’Orléans demeura à Londres plus d’un an.

Louis-Philippe, arrivant à l’âge d’homme, a la bonne