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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/740

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interdit. Des assemblées provinciales seront organisées suivant un nouveau plan et des Etats généraux tenus tous les trois ans. Le Roi se retire aussitôt, ordonnant aux trois ordres de faire de même. Le Tiers n’obéit pas et M. de Brézé, qui apporte la sommation du Roi, reçoit la fameuse réponse de Mirabeau : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et n’en sortirons que par la force des baïonnettes. »

Que se passe-t-il alors ? Ces paroles, le Duc de Chartres ne les a pas entendues. Il était parti, avec le Roi et les princes. Mais la suite de cette célèbre histoire est peu connue ; et il en fut témoin. Il a vu arriver chez son maître M. de Brézé « tout hors de lui, et très défait… » « Le Roi pâlit de colère : il dit, en jurant : Qu’on les chasse ! et se retira tout de suite dans ses appartemens intérieurs où je ne le suivis pas. » Brézé repart toujours courant et dans la salle des Etats ne trouve plus personne. Le Tiers, sans discours, avait maintenu ses décisions, protesté contre la déclaration royale, et s’en était allé au plus vite.

Le Tiers revint le 24, et trouva encore la porte ouverte. Quelques nouveaux curés et la noblesse du Dauphiné se joignirent à lui. Le 25 juin arrivèrent aussi 47 nobles, — et non des moindres, — les 47 qui se mirent ce jour-là à la suite du Duc d’Orléans, Le 26 continua l’arrivée des ecclésiastiques. Et enfin le 27, vint un ordre du Roi ; il cédait au mouvement et il enjoignait au clergé et à la noblesse de se joindre au Tiers-Etat pour former l’Assemblée nationale.

Citons une autre scène de la Révolution, beaucoup plus longuement racontée dans le Journal, et dont les principaux traits ne peuvent s’effacer de la mémoire d’un lecteur.

Le 5 octobre 1789, le Duc de Chartres est allé avec son frère a l’Assemblée ; ils sont assis dans la tribune des suppléans. Il est parfaitement faux, quoi qu’en ait dit le rapport du Conseiller Boucher d’Argis, dans le procès intenté à leur père devant le Parlement, que son frère et lui, de cette tribune, aient crié : « Ça ira ! » La vérité est qu’un message de Mme de Genlis, apporté par un cavalier, lui enjoignit, — enjoignit à ce colonel, pair de France, — de venir la retrouver à Passy, et de passer par Saint-Cloud et le Bois de Boulogne. Il évite ainsi l’avenue de Paris où la foule arrive par la montée de Sèvres, descend de Saint-Cloud à Suresnes, passe la Seine, et enfin, entre