Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/732

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mme de Genlis avait ainsi, dans la maison d’Orléans, de puissans appuis. Belle d’ailleurs, spirituelle, ayant des connaissances étendues et se prêtant aux idées nouvelles. Elle se défend de les avoir poussées à l’excès et prétend s’être toujours appliquée à modérer M. le Duc d’Orléans, à demeurer royaliste, à ne pas s’avancer plus loin que ne faisait le Roi lui-même. Ses Mémoires donnent l’idée d’une femme très occupée du monde, de ses anciens usages, et non exempte de ses préjugés. Parmi les nombreuses déclarations d’amour dont elle aime célébrer le souvenir, celle d’un médecin non gentilhomme causa à Mlle Ducrest une vraie stupéfaction !

En un passage amusant, elle blâme les mauvaises manières, les formes de langage défectueuses et basses qu’elle trouva à Paris, après la Révolution.

Cependant cette femme du monde, — et de l’ancien monde, — joua le rôle d’une Romaine de la République en tant qu’institutrice. Les jeunes princes eurent de bons maîtres de littérature, mais furent aussi habitués aux travaux manuels. Elle leur fit enseigner un peu de chimie par M. Alyon, maître apothicaire. Elle leur choisit un aumônier, en même temps professeur d’italien, l’abbé Mariottini : choix malheureux, l’aumônier étant un jour, avec de brûlantes déclarations, tombé aux pieds de la gouvernante, au dire de cette dernière.

S’il est vrai qu’elle eût cherché à modérer les opinions de M. le Duc d’Orléans, elle ne prit pas le même soin pour ses enfans. Nos enfans quand ils sont petits acceptent nos idées, et leur affectueuse et encore aveugle confiance les conduit même à les exagérer : c’est une joie que la Providence nous accorde, et une responsabilité dont elle nous charge, tant qu’ils n’ont pas l’âge d’homme et n’ont pas pris possession d’eux-mêmes.

Louis-Philippe rend justice à Mme de Genlis. « Elle avait, a-t-il écrit, l’intention de faire de moi un honnête homme : ma conscience me permet de dire qu’elle a réussi. »

Il ajoute, non sans finesse et sans clairvoyance : « Habituée à tout rapporter à elle-même, elle disait que la meilleure réponse qu’elle pût faire à ses ennemis et aux calomnies dont ils l’avaient noircie, était de donner à ses élèves une vertu austère : cette vertu et cette austérité s’accordaient très bien avec la tendance des idées du siècle et la théorie des principes