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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/731

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sans le moindre intérêt pour le reste des hommes. Elles se représentent à nous, alors que beaucoup d’événemens plus graves sont effacés, et nous jettent dans une émotion que nous ne saurions assez exprimer, tant notre sentiment est profond, et tant la cause qui le réveille est futile !

La rue de Bellechasse n’était percée alors que jusqu’à la rue Saint-Dominique. Le plan de Turgot, qui nous promène dans le Paris de Louis XV, montre au bout de cette rue, et fermant le passage, le couvent des religieuses de Bellechasse, dont les jardins s’étendaient, le long de la rue Saint-Dominique, jusqu’à l’hôtel de Broglie, au coin de la rue de Bourgogne ; cet hôtel existe encore. Dans leur largeur, ces jardins couvraient les terrains que la rue Las-Cases occupe aujourd’hui et n’étaient bornés que par ceux de l’hôtel de Villars, mairie actuelle du 7e arrondissement et ceux du couvent de Pentemont.

Dans ce vaste domaine, Louis-Philippe-Joseph avait installé ses enfans ; et près de l’ancien couvent abandonné par les religieuses, on peut dire qu’il avait établi une nursery. Car ayant remarqué trop de pédantisme chez M. de Schomberg, trop « d’imagination et d’emphase » chez M. de Durfort, il avait jugé bon de donner à ses fils une gouvernante au lieu d’un gouverneur. « Qu’il fasse, avait dit le roi Louis XVI, comme il* lui plaira : j’ai des frères ! »

La gouvernante avait très vite acquis une considérable influence. Les enfans l’appelaient « mon amie, » et rien ne se décidait sans elle. Stéphanie-Félicité Ducrest de Villeneuve avait épousé un officier de marine, Bruslart de Genlis, celui-ci l’ayant rencontrée avec sa mère dans une somptueuse maison de Passy, où le financier La Popelinière donnait des fêtes, et où la jeune Félicité jouait de la harpe et récitait des vers.

Bruslart, comte de Genlis, plus tard marquis de Sillery, descendait d’un magistrat honoré de la faveur de Henri IV. Par son mariage, Mme de Genlis était devenue la nièce de Mme de Montesson, — qu’elle juge durement, mais qu’à tout propos elle appelle « Ma Tante ; » nièce aussi de Mme de Puisieux, — Bruslart de Puisieux, « ma seconde mère, » dit-elle, avec plus d’attachement encore qu’elle n’en montre à la première. M. de Puisieux, dévoué à M. le Dut de Penthièvre, avait fort contribué à obtenir le consentement de celui-ci au mariage de sa fille avec le Duc de Chartres.