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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/729

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parce que les parlementaires étaient coupables, fallait-il les détruire, attaquer la loi de l’inamovibilité des offices pour rappeler les magistrats à leur devoir ? »

Le grand-père de Louis-Philippe aimait la banlieue de Paris, où nous découvrons encore tant de jolis coins entre les tramways et les usines. Il avait acheté un beau domaine nu Raincy, et s’était fait construire à Bagnolet une maison fort agréable. Son fils habitait Saint-Leu. Ce goût de Paris et de ses proches environs a persévéré dans la famille. Le Prince de Joinville a commencé ses délicieux Mémoires par ces mots : « Je suis né à Neuilly (banlieue). »

Aux beaux jours, M. le Duc d’Orléans commandait ses voitures de voyage : ses écuries étaient installées rue Vivienne, en face de la Bourse, en ce temps-là attenante aux terrains de la bibliothèque du Roi, — et il se transportait à Villers-Cotterets. Là, le théâtre de société était une grande affaire ; Mme de Montesson, secrètement épousée, se piquait d’être auteur. L’acteur Grandval venait mettre en scène les œuvres de la dame du lieu ; ou bien Collé et Sedaine, eux-mêmes, importans et gourmés, venaient faire répéter leurs propres œuvres : Le Déserteur, Vertumne et Pomone. Carmontelle dessinait des costumes ou des portraits. Le prince lui-même consentait volontiers à prendre un rôle. Mais un seul convenait vraiment à ses facultés, nous dit Mme de Genlis ; il n’avait qu’une note : il jouait rondement les paysans.

II mourut à soixante ans, à Sainte-Assise, en l’an 1785. Son fils, Louis-Philippe-Joseph, Duc de Chartres jusqu’alors, depuis Duc d’Orléans, et enfin Egalité, âgé de trente-huit ans alors, avait fort grand air, mais le teint gâté par une vie licencieuse, toujours au dire de Mme de Genlis. Il y a à Chantilly un beau portrait de lui, par Mme Lebrun, en tenue de colonel général des hussards, en bottes de maroquin rouge, la figure pleine, le teint enluminé.

Louis-Philippe-Joseph, quelques années plus tôt, avait refusé de siéger au Parlement Maupeou, suivant en cela les avis de son père qu’il outrepassa bientôt. Après le combat d’Ouessant et le refus du titre d’amiral qu’il croyait dû à ses mérites, il avait attribué cette disgrâce à la mauvaise volonté de la Reine, et, se faisant recevoir franc-maçon, s’était mis à la tête de mécontens.