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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/724

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Lénine et de ses compères. Au contraire, il faut s’appuyer franchement sur le mouvement cosaque et l’appuyer franchement. Ne faisons pas de roman-feuilleton, mais faisons de l’histoire et de la politique. Le roman-feuilleton, ce serait d’imaginer une puissance cosaque qui, en un clin d’œil, serait à même de reconquérir et de reconstruire la Russie; mais ce ne l’est pas moins, que de nous représenter simplement, sur les récits de 1814-1815, et sur les images d’Épinal, les Cosaques comme des cavaliers « mangeurs de chandelle, » qui naissent et meurent à cheval, entre une grande i lance et un grand fouet. La vérité, qu’on doit garder présente à la mémoire, est que les institutions cosaques, bien qu’affaiblies depuis un siècle ou deux par les Tsars, la Cour et la bureaucratie, sont les plus anciennes, les plus robustes, et, ce qui dans l’espèce ne gâte rien, les plus démocratiques de la Russie, dont une partie du moins, les régions du Sud-Ouest, à défaut de l’immense Empire tout entier, peut retrouver en elles une armature. La position géographique elle-même, qui rapproche de la Moldavie ces populations indépendantes et guerrières, indique ce qu’on en doit tirer.

Subsidiairement, il y aurait peut-être à négocier avec le Japon, par l’intermédiaire des États-Unis, à toutes fins utiles et pratiques, conformément à la pensée unique, à la volonté unique, à la direction unique, qui doit être de faire rendre, à tous les États alliés, sur tous les points, tout ce que l’Entente est capable de produire. Voyons, cherchons, essayons. Mais travaillons, aidons-nous. Ne cédons pas trop facilement aux objections d’une diplomatie endormie et timide qui, de rien, se fait des mondes, et craint toujours d’avoir à faire quelque chose qui ne soit pas tout fait. Là encore, si M. Clemenceau peut, dans les mœurs et les traditions du temps de paix, souffler un esprit nouveau, qu’il se lève et souffle l’esprit de guerre.


CHARLES BENOIST.

Le Directeur-Gérant, RENE DOUMIC.