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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/722

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la guerre. Quand on dit que c’est simple, encore faut-il le faire. Mais la France veut que l’œuvre salutaire s’accomplisse, et elle n’a élevé M. Clemenceau au pouvoir que parce qu’elle a cru qu’il l’accomplirait. Qu’on ne s’y méprenne pas, et personne, même en Allemagne, ne s’y est mépris : ce vœu général ne marque de sa part qu’une volonté de vie et de victoire. En d’autres termes, la France attend de M. Clemenceau deux choses : la restauration du moral à l’arrière, l’intensification de la bataille à l’avant. Le péril, pour lui, il en a conscience, serait de ne pouvoir tenir, non point tout ce qu’il a promis, mais tout ce qu’on s’est promis de lui. La tâche est lourde. Pour l’aborder, il doit premièrement rendre de l’autorité à la présidence du Conseil et remettre de l’ordre dans le ministère de la Guerre. Puis procéder au nettoyage. En ce pays, foncièrement honnête et sain, il s’était formé, par l’indolence, la négligence, l’indifférence, le laisser-aller, des goûts fâcheux, des habitudes morbides, tout un monde de liaisons suspectes, de compromissions inclinant à la complaisance et frisant la complicité ; pour tout dire d’un mot qui ne fuie pas la vérité crue, dans « la République des camarades, » d’affreuses camaraderies; une atmosphère corrompue: et, sinon la trahison caractérisée, un état de « para-trahison, » — comme les médecins disent : la paratyphoïde. L’épreuve, pour un homme de parti, sera de savoir ou de ne savoir pas se faire l’homme du pays qui entend vivre et vaincre, face aux partis qui entendent régner, et qui, acharnés à leurs disputes, les mêlent jusqu’à la guerre et jusqu’à la justice.

Objet d’accusations terribles, sous le coup desquelles on comprend qu’il ne puisse pas rester, M. Malvy, usant d’un artifice de procédure parlementaire, vient de mettre la Chambre en demeure d’examiner s’il y a lieu de le déférer à la Haute-Cour pour crime commis dans l’exercice de ses fonctions, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Un citoyen quelconque, qui n’aurait pas été ministre, n’aurait pas eu le choix de la juridiction: il n’aurait pu que traduire l’accusateur en cour d’assises, pour dénonciation calomnieuse ou diffamation. Mais le verdict, rendu avec l’assistance du jury, se fût comme éclairé du reflet de la justice populaire. M. Malvy a préféré la Haute-Cour : son choix ne va pas sans inconvénient pour sa cause, s’il tient à ce que son innocence s’impose, car la valeur d’un jugement entaché de suspicion de partialité politique pourra toujours être contestée. La Chambre, la première, est bien embarrassée de la faveur qu’il lui a faite. La Constitution lui rend, si l’on ergote, malaisé de s’y dérober, mais il y a peu de précédens, sauf le procès des ministres de Charles X, et il