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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/696

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Revue dramatique


COMEDIE-FRANÇAISE : D’un jour à l’autre, comédie en trois actes, par M. Francis de Croisset, — Reprise d’Œdipe-Roi. — Adrien Bertrand.


Qui donc a prétendu que la guerre ne changerait rien à l’atmosphère de notre littérature dramatique ? Ce sombre pessimiste s’était trop hâté de répandre la rumeur fâcheuse : après beaucoup d’autres démentis, en voici un de plus, que lui administre M. Francis de Croisset. Cet auteur s’était naguère distingué dans un genre de théâtre agréablement corrompu ; même, il se laissait gagner à la contagion du théâtre brutal : quelques mois avant la guerre, il avait fait jouer une pièce, dont je n’ai plus le détail très présent à l’esprit, mais dont je me souviens très bien qu’elle mettait en scène d’affreux gredins en habits noirs et robes de la bonne faiseuse. Rien de pareil dans sa nouvelle pièce. Cette fois, nous sommes dans la meilleure société, une société de braves gens, où les moins bons sont encore excellons. Les propos y sont châtiés, et jusqu’à « je vous aime, » tout s’y dit honnêtement… Mais comment, si ce n’était au creuset de la guerre, le plomb vil se serait-il changé en cet or pur ?

De toute évidence, M. de Croisset a voulu faire une comédie légère, presque un vaudeville, empruntant aux choses d’aujourd’hui l’actualité du cadre et des figures, sans rien refléter de leur angoisse : il y a fort bien réussi. D’un jour à l’autre est une pièce d’un comique facile, où l’éternuement lui-même n’est pas dédaigné comme jeu de scène. Cela commence le jour de la mobilisation. Mais ne craignez pas d’avoir une fois de plus à revivre la fièvre de ces heures tragiques ! Tout se passe le mieux du monde, sans cet excès d’émotion qui risque de devenir douloureux, et nous avons tout loisir de nous initier aux petites affaires de la famille Chardin. Les vieux