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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/690

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théâtres d’opérations présenteraient des avantages d’une plus grande portée. Et ceci nous conduit tout droit à la Baltique. Mais avant d’aborder les détroits qui donnent accès dans cette mer fermée, ne convient-il pas de jeter un coup d’œil sur la presqu’île du Jutland, contrée neutre, c’est entendu, mais qui ne le restera peut-être pas toujours.

Or le trait intéressant du « Danemark de terre ferme, » au point de vue qui nous occupe, est précisément que le côté Cattégat de cette presqu’île offre le même caractère de parfaite facilité d’accès que le littoral allemand qui le prolonge au Sud, puis à l’Est, tandis que le côté mer du Nord présenterait au contraire de sérieuses difficultés.

Il semble, en effet, que depuis le cap Skagen jusqu’au Petit Belt, la géographie ait voulu se rendre complice du général qui chercherait à faire du Jutland une base d’opérations contre l’Allemagne. Rien n’y manque : îies littorales à distance convenable, saillans et petites presqu’îles tracés à souhait pour les descentes, golfes, baies, mouillages faciles autant que sûrs, côtes saines, marées peu sensibles, villes importantes en bordure de la côte et qui sont des ports bien outillés. Il y a même, tout au Nord, un refuge à peu près inviolable en cas d’échec, la région du « Vend Syssel, » séparée du reste du Jutland par le bras de mer capricieux du Lymfjord. La seule objection que l’on puisse faire à l’utilisation militaire de la presqu’île, c’est qu’elle se resserre au Sud et que le Slesvig n’a plus que 50 kilomètres de large, au lieu de 120 ou 130. Ce n’est pas là un inconvénient rédhibitoire.

Quoi qu’il en soit, et pour revenir à la Baltique même, répétons, sans nous lasser, qu’aucun littoral, sans exception, n’est aussi favorable aux opérations combinées que celui qui s’étend du débouché du Petit Belt aux bouches de l’Oder, c’est-à-dire la bordure maritime de la région la plus importante, à tous égards, de l’Allemagne. On commence à le comprendre d’ailleurs, et les adversaires immédiats des initiatives que je préconise se sont contentés, dans ces derniers temps, de dire : « Oui, mais nous n’en sommes pas plus avancés : le Danemark est neutre et le Grand Belt est miné. Il est donc impossible d’entrer dans la Baltique. » Les objections se sont même, tout récemment, réduites à un seul terme, — qui a paru suffisamment décisif, — et on a entendu aux Communes de l’Angleterre, le premier lord de