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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/676

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de la mer du Nord. On a dit que ces îles n’étaient pas abordables et, donc, qu’elles couvraient la côte d’une barrière infranchissable. Il est difficile d’accumuler plus d’erreurs. Toutes les îles de la Frise orientale, sans exception, sont parfaitement abordables sur leur revers Nord. J’en parle savamment. Quand la mer bat en côte, on a la ressource, en dehors de quelques heures de marée basse, de pénétrer dans les chenaux ou « baljen » qui les séparent les unes des autres et dont certains vont jusqu’à la terre ferme. Il est aisé de comprendre le parti que l’on peut tirer de ces chenaux de pénétration pour isoler une des îles et s’en emparer. Il est bien entendu que l’adversaire en supprimera le balisage et qu’il les minera, — du moins qu’il entreprendra de le faire quand l’assaillant prononcera son attaque, car, jusque-là, on ne voudra pas priver de ces passes indispensables les pêcheurs qui contribuent d’une manière sensible, en ce moment, à l’alimentation de l’Allemagne. Mais une « flotte de siège » sait draguer toutes les mines et retrouver à la sonde tous les chenaux, grâce à ses navires spéciaux et à ses bâtimens légers, aidés par les appareils aériens. N’appuyons pas davantage sur ces considérations qui ne rentrent pas dans le cadre de notre étude.

Les iles de la Frise septentrionale ne sont peut-être pas aussi directement abordables du côté de la haute mer, sauf, précisément, la plus intéressante au point de vue stratégique, — l’île de Sylt, — mais, en revanche les chenaux qui les séparent et qui, là, portent le nom de « tiefen, » sont beaucoup plus larges, plus profonds et fournissent, quand on en a franchi le seuil [1], d’excellens mouillages. Celui du Listertief, derrière l’île de Sylt, est remarquable par l’étendue de son plan d’eau.

En tout cas, si, géographiquement, les îles en question couvrent la côte, elles ne la protègent pas, bien au contraire. Ces « nids à bombes, » comme les appelle Napoléon en parlant d’une manière générale des îles littorales, doivent fatalement tomber entre les mains d’un ennemi résolu, maître de la mer, et pourvu des moyens d’action nécessaires. Les Russes viennent d’en faire l’expérience. Dès lors, elles favorisent les entreprises de l’assaillant en lui servant, soit de places d’armes pour

  1. Ces seuils sont franchissables par les navires spéciaux de la guerre de côtes : leur profondeur varie de 4 mètres à 4 mètres à mer basse. La hauteur de la marée sur tout ce littoral va de 3 mètres à 3 m. 50 environ.