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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/671

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concise. Peut-être même pourrait-on reprochera son style d’être trop ramassé, tant il y a de faits et d’idées dans chacune de ses pages, tant il y règne de concentration. Depuis Claude Bernard et Joseph Bertrand, il n’y a pas eu un écrivain scientifique qui l’égalât.

Quant à la portée de son œuvre de vulgarisation, il l’a lui-même définie et défendue avec une si malicieuse précision, vis-à-vis tant du public que des « forts en thème » renfrognés dans leur étroite spécialité, que je ne puis mieux faire que de le citer lui-même à peu près textuellement :

« Les lettrés et curieux à qui je m’adresse pensent avec Bacon qu’il n’y a de science que du général ; ce qu’ils veulent connaître ce n’est pas notre outillage, nos procédés… les mille détails d’expérimentation où nous consumons notre vie dans nos laboratoires. Ce qui les intéresse, ce sont les vérités générales que nous avons acquises, etc.

« Mais j’ose dire que je m’adresse aussi à une autre catégorie de lecteurs : aux professionnels. Il y a parmi nous beaucoup de « rats de laboratoire. » Ils sont guidés dans leur besogne d’investigation quotidienne par un obscur instinct de la marche et des solutions de la science. Peut-être leur agréera-t-il de trouver leurs idées plus ou moins inconscientes exprimées ici sous une forme explicite. »

La carrière de Dastre a eu la calme régularité qui convient à un homme de pensée ; tous les honneurs, les académiques et les autres, toutes les récompenses en usage lui ont été décernés. Il n’importe guère ; ce qui restera, ce n’est pas qu’il fut quelque chose, c’est qu’il fut quelqu’un.

Il sut servir la science, il sut la faire aimer, il sut se faire aimer lui-même. On l’a bien vu l’autre matin dans cette salle toute nue de la Charité où mon bon maître était couché dans l’éternel repos. Ce n’était point l’acre odeur de l’hôpital, épandue là comme un encens funèbre, qui était cause que tant d’hommes et de femmes avaient porté leur mouchoir à leurs lèvres…


CHARLES NORDMANN.