Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/616

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


essais de protestantisation. » Les Rhénans aussitôt s’étaient rangés derrière l’évêque de Mayence, montrant qu’ils considéraient Sedan comme un second Sadowa. En 1871, comme le parti libéral s’est rallié au gouvernement, ils élisent en grand nombre des catholiques. Aux élections de 1874, ce mouvement s’accentue ; les derniers démocrates sont balayés dans les grandes villes où ils se maintenaient encore, à Essen, Crefeld, Coblence, Düsseldorf, Bonn, Aix-la-Chapelle et Cologne ; leurs adversaires obtiennent de grandes majorités. Fait significatif assurément, mais qui n’est pas le seul que l’on puisse constater. Et en effet, tandis qu’avant 1871 il n’y avait pas plus de quatre ou cinq journaux catholiques dans le royaume de Prusse, le nombre s’élève en 1874 à 120 quotidiens, dont 85 pour le pays rhénan. Enfin l’on sait à Berlin, où l’attitude des particularistes bavarois cause des appréhensions, que ceux-ci ont partie liée avec les mécontens de l’Ouest, que les évêques ou archevêques de Munich, Spire, Mayence, Cologne et Trêves marchent en étroit accord : on constate le va-et-vient perpétuel des chefs du Centre entre les deux pays, à l’occasion des congrès, colloques, meetings et réunions protestataires qui entretiennent l’agitation.

Pour se rendre compte des tendances du mouvement catholique, ce ne sont pas les débats parlementaires qu’il faut lire, car les députés du parti affirment toujours leurs sentimens allemands, en usant de ces mots vagues qui ne les engagent pas. Ce qu’il faut connaître, c’est ce qu’impriment les journaux, c’est tout ce qui, sous une forme quelconque, nous révèle la pensée profonde des masses. Alors le grand conflit se présente sous son véritable aspect : il est anti-unitaire, anti-prussien et francophile. Dès 1872, ce triple caractère apparaît. Le 8 juillet de cette année-là se fonde à Mayence l’Association des catholiques allemands, présidée par le baron F. de Loë, un Rhénan, et dont le comité directeur se compose de Rhénans, de Westphaliens et de Bavarois. A peine constituée, elle lance un appel ainsi conçu : « L’Allemagne catholique passe par des épreuves auxquelles ne pouvaient s’attendre les fils soumis de l’Eglise, qui ont versé leur sang dans les batailles de la dernière guerre. Ils ont fait des expériences qui ont provoqué des tons discordans dans les allégresses triomphales du nouvel Empire allemand. » Déjà la déclaration est très nette ; les fidèles de l’Eglise romaine