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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/610

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les sentimens français des habitans, mais il nous livre des détails si précis que nous sommes pleinement édifiés. Le premier convoi arriva le 2 novembre, avec 2 000 hommes. Aussitôt les Trévirois accoururent, portant des vivres et des rafraîchissemens. Les trains se succédèrent : le cinquième entra en gare à trois heures du matin. Ceux qu’il contenait étaient destinés au faubourg d’Euren. Pour ne pas laisser les prisonniers, dont beaucoup étaient malades, passer la nuit à la belle étoile sur la terre froide, hommes et femmes quittèrent leurs lits, les leur cédèrent, et se mirent en devoir de préparer des provisions pour leurs hôtes, sans oublier le café chaud avant le départ. « Par les paysans venus aujourd’hui au marché, écrit le bourgmestre, nous avons appris que les mêmes sympathies se sont manifestées partout, pour chacun de ces grands et nombreux convois, à Pfalzel, Ehrang, Quint, et dans beaucoup d’autres communes de l’Eifel. »

Reste enfin la ville de Mayence. Au camp d’internement, la situation est la même qu’à Coblence, et nos soldats y souffrent beaucoup. Mais, ici encore, ce sont les sentimens de la population civile qui nous intéressent. Le colonel Biottot a noté que les Mayençais regrettaient manifestement notre défaite, et non pas eux seulement, car le grand-duc de Hesse vint en personne visiter les Français et leur fit servir un repas. La déposition la plus intéressante est celle du commandant Girard : il n’a guère passé qu’une journée dans la ville, mais il a logé chez l’habitant. A la porte du restaurant où il est entré pour dîner, il a rencontré, parmi la foule des curieux, un monsieur déjà âgé qui lui a tendu sa carte : « E. Stall, Kapuzinerstrasse 22, offre cordialement l’hospitalité à un officier français. » Il l’a suivi, et son hôte l’a présenté à sa femme et à sa fille ; celle-ci est la seule de la famille qui sache le français, mais elle le parle très bien. La conversation s’engage, et la réception est charmante : on s’informe de la famille du commandant et des misères que l’armée a subies pendant le blocus de Metz ; la jeune fille sert d’interprète. « Enfin, écrit l’auteur, ces trois aimables personnes voulurent me conduire jusqu’à ma chambre, au deuxième étage. M. Stall, un flambeau à la main, ouvrait la marche, Mme Stall et sa fille me suivant de près. Arrivé sur le palier, mon hôte se campa fièrement devant une grande armoire à deux portes, qu’il me montrait du doigt d’un air mystérieux…