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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/608

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Deux au moins sont intéressans. Un jour, dans une brasserie, l’auteur se prit de dispute avec des employés de chemin de fer qui injuriaient la France ; une partie, des assistans se déclara pour lui : l’affaire dégénéra en bagarre, avec échange de coups. Le lendemain du jour où l’armistice fut signé à Versailles, dit-il encore, une cavalcade parcourut les rues de Crefeld ; tous les généraux français y figuraient avec des têtes d’âne, et des inscriptions outrageantes accompagnaient ces exhibitions ; la cavalcade fut interrompue par une bataille. Ces deux scènes s’interprètent très facilement : les employés de chemin de fer et les organisateurs du cortège sont des Prussiens immigrés ; leurs adversaires sont des Rhénans indigènes blessés dans leurs sentimens et qui défendent la France.

La ville d’Aix-la-Chapelle a été visitée par le chanoine Guers. En 1870, voisine comme elle l’est du pays wallon, ancien chef-lieu de préfecture, elle n’a encore rien de germanique. Les souvenirs de notre domination, déclare le témoin, y sont encore plus vivaces qu’à Cologne : les habitans, qui parlent notre langue, s’intéressent à nos soldats et font tout ce qu’ils peuvent pour adoucir leur infortune. Ils font même parade de leurs sympathies et les manifestent si bruyamment que plusieurs sont incarcérés par les ordres de Bismarck.

Sur Cologne, les documens sont beaucoup plus abondans. Cette ville a été traversée par le chanoine Guers et par le commandant Girard, mais c’est aussi là que le colonel Meyret a passé tout le temps de sa captivité. Le premier dépeint les misères du camp, où la consigne, comme presque partout, était draconienne. Les deux autres ont circulé librement et sont entrés en contact avec la population, stupéfaits de la réception qui leur était faite. Il y avait foule à la gare de Cologne quand le colonel Meyret y a débarqué. « Nous fûmes étonnés, écrit-il, de l’attitude convenable et presque respectueuse de cette multitude… Des habitans s’approchaient, et demandaient, en saluant, si nous étions les combattans de Gravelotte. » Quant au commandant Girard, il voyage avec un petit groupe d’officiers, arrive jusqu’à l’hôtel sans être remarqué. Mais, dès qu’il sort, ses camarades et lui sont entourés par un grand nombre de jeunes gens, des étudians, qui se mettent à chanter la Marseillaise. Immédiatement les gendarmes accourent, arrêtent ceux des chanteurs qu’ils peuvent saisir et les