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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/607

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D’autres prisonniers ont été acheminés par chemin de fer ; mais là encore l’intention éclate dans le règlement des haltes et l’allure des convois : « Nous avancions avec une lenteur calculée, écrit G. Masson. On avait soin, à la moindre station, de faire arrêter le train… Les populations pouvaient avoir gardé une vague espérance de redevenir françaises ; on voulait leur montrer que cet espoir était vain, que l’Allemagne était venue à bout de ces ennemis si terribles. Nous étions exposés, pendant plusieurs minutes d’arrêt, à la curiosité de tous ces gens accourus là pour nous voir passer. On les laissait envahir la voie, s’approcher des wagons, nous parler, et regarder ces Français réduits à l’impuissance. »

Mais, dans ces campagnes rhénanes, les témoins, ne signalent nulle hostilité, au contraire. Le colonel Biottot raconte que dans le Palatinat, comme son train s’arrêtait dans une petite gare, il se pencha à la portière en murmurant : « Où sommes-nous ? » Et une voix lui répondit : « Dans le département du Mont-Tonnerre. » C’était un membre de la Croix-Rouge de la région qui lui offrait ses services. Le commandant Girard, qui ne sait pas l’allemand, mentionne, lui aussi, l’affluence des curieux qui viennent voir passer les prisonniers : « Pendant les arrêts, beaucoup montaient sur les marchepieds pour nous regarder de plus près : leurs physionomies traduisaient plutôt la tristesse que la joie arrogante des vainqueurs. » G. Masson ne s’attendait pas aux marques de sympathie qu’il a constatées : « Nous recevions des petits pains et des gâteaux. On nous tendait des cigares et du tabac. Parmi ces hommes et ces femmes, il s’en trouvait même qui nous faisaient part, en s’exprimant en français, des vœux secrets qu’ils faisaient pour le succès de nos armes. » L’accueil, ajoute-t-il, fut tout autre sur la rive droite, au-delà de la Wetzlar.

Dans les villes, les sentimens sont les mêmes. Crefeld est le point le plus septentrional sur lequel nous ayons des renseignemens. C’est là que le capitaine Mège a séjourné pendant plusieurs mois, et il y a travaillé dans une fabrique. Il vante l’humanité des habitans qui l’ont traité avec beaucoup de bonté et de courtoisie ; le fils du bourgmestre lui a témoigné une amitié particulière ; à plusieurs reprises, on lui a demandé de chanter va Marseillaise. Le capitaine raconte sèchement et n’explique rien : il faut se contenter des faits tels qu’il les rapporte.