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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/600

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FRESQUE


Psyché ! Psyché ! — Quelle est cette divine plainte ?
Cette clarté, ce cri, ce souffle, cet émoi ?
Qui croise sur mon front des ailes d’hyacinthe ?
Pourtant la chambre est close et ma lampe est éteinte…
            — Ô ma Psyché, c’est moi.

Reconnais-moi. Je suis l’esprit puissant et triste,
Celui-là qui vient tard retrouver sa Psyché
Et, frère de la nuit qui l’aime et qui l’assiste,
Dans les airs violets ouvre un vol d’améthyste
             Et de fleur de pêcher.

Je suis celui qu’on cherche et ne sait pas attendre
Parce qu’il laisse errer par les aubes de mai
Son fantôme trop beau, trop charmant et trop tendre ;
Toi-même, ô ma Psyché, tu n’as pas su comprendre,
             Et pourtant je t’aimais.

Celui qui dut chérir entre toutes les femmes
La faible, la coupable et si douce Psyché,
Parce qu’elle est son cœur, parce qu’elle est son âme,
Et qu’il vient à son tour, en abritant la flamme,
             Sur son lit se pencher.

Celui qui déroulant tes voiles amarante,
Te rend ta jeune grâce et tes yeux pleins de jour.
Ô Psyché qui jadis ferma ton aile errante,
Papillon réveillé, vole à ta fleur vivante,
             Reconnais ton Amour.

L’Amour vainqueur du temps, des astres et des nombres
Qui, tenant ton cher corps entre ses bras couché,
D’un grand vol sans rival t’enlève enfin dans l’ombre,
Jusqu’au plus haut d’un ciel voluptueux et sombre
              Pour toujours, ô Psyché !


Gérard d’Houville.