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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/598

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O songes ! ô parfums ! ô délices natales !
Je n’entr’ouvrirai pas vos émouvans pétales…

Heureux ! ceux qui, vivant où leurs parens sont morts,
Dans l’antique maison les sentent vivre encor,

Et laissent aux enfans le très vieil héritage
D’un jardin à jamais rajeuni d’âge en âge,

Et où, tous, à leur tour, dorment, pieux, contens,
Dans ce sol paternel qu’a fleuri leur printemps !

Heureux ! heureux ! heureux, celui même qui pleure
A l’abri familier de sa vieille demeure.

Car l’âme qui jamais n’a connu sa maison
Erre, et cueille en chemin des fleurs de déraison

Ainsi qu’une Ophélie au fil des destinées…
Hélas ! d’où suis-je ? Et de quel exil suis-je née ?


ENLUMINURE POUR PÂQUES


L’azur calme était pur au ciel de l’Evangile.
L’amandier dépliait sa corolle fragile,
Et les petites fleurs qui naissent en Avril
Cachaient sous la jeune herbe un parfum puéril ;
Dans le verger, encor tout noir de branches nues,
Jouait peureusement une aurore ingénue
Et les oiseaux, charmés par le premier soleil,
En cris frileux et vifs célébraient son réveil.
Moi, tirant du vieux puits l’eau profondément claire,
Je lavais en riant les pieds bruns de la terre,
— Beaucoup de jours sans pluie ayant séché le sol, —
Et je songeais au chant prochain du rossignol…
C’est alors, sur la route à peine printanière,
Que je vis s’avancer un homme jeune, austère,
Portant sur son épaule une bêche où brillait
Le reflet du matin ; son manteau violet