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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/597

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EXIL


Il existe un pays plus lointain que mon rêve.
Un pays dont j’aurais été la petite Eve ;

Que mes yeux connaîtraient sans en être étonnés :
Est-ce vous, île bleue où mes parens sont nés ?

Berceau d’azur où vint s’abriter à son aise,
Ma race aventureuse, espagnole et française.

Là, charmant ma langueur par de chaudes amours,
J’aurais paré mon corps de transparens atours,

Et sucé la saveur des fruits frais des Tropiques
Et vécu de longs jours indolemment tragiques.

La nuit, les yeux levés vers des astres plus clairs,
J’aurais en gémissant chanté d’étranges airs,

Et parmi la torpeur et la mélancolie
Divines, la pensée en l’azur abolie,

Comme une heureuse fleur éclose en son pays,
Donné tout mon arôme à mon vrai paradis.

Une sombre déesse aurait été ma muse
Et, jumelle aux yeux creux des négresses camuses,

La mort, à mon chevet, les remplaçant un soir,
Aurait éteint mon cœur sous son éventail noir…

Mais es-tu le climat de l’éternité calme,
Belle île caraïbe où palpitent les palmes ?

Non, non ! Mais seulement la halte du passé,
Car le pas de l’ancêtre en toi s’est effacé.