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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/596

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Des pleurs… des pleurs… des pleurs… Pourquoi ? tout est si tendre ;
Laisse flotter ton voile au parfum du jasmin.
Le vent… le vent… le vent… Ne veux-tu pas attendre
Le dieu cher et nouveau qui s’appelle Demain ?

Des voix… des voix… des voix… Qui parle, qui fredonne
Cette chanson d’amour enroulée à ces fleurs ?
O cœur… ô cœur… ô cœur. Tout est si beau : pardonne
Voluptueusement à la vieille douleur.


TERREUR


Apportez-moi ce soir les plus sombres des roses,
Celles dont le parfum me rattache au plaisir ;
Ne me faites penser qu’à de terrestres choses ;
J’ai croisé les rideaux sur les fenêtres closes…
Le rêve ravisseur ne pourra me saisir.

J’ai peur, de voir sur moi planer de grandes ailes.
J’ai peur, qu’un messager au geste impérieux
Me force à regarder les clartés éternelles :
Trop d’étoiles ce soir m’ont déjà parlé d’elles…
Mon âme ! Malgré moi, n’invoquez pas les dieux !

Car ils viendraient, brisant la serrure et la porte,
Et les vivans liens des charmes familiers,
M’appeler par mon nom comme si j’étais morte
Et moi, pâle et glacée au souffle qui les porte
Il me faudrait les suivre, ayant tout oublié.

Mon âme, que je crains vos puissances futures !
Et si le seul bonheur ne peut pas me tenir,
J’irai, toute meurtrie en d’invisibles bures,
Jusqu’au fond du vieux songe, en ces baumes obscures,
Dont aucun pèlerin ne saurait revenir.