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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/595

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Car je veux, pour que tu m’aimes,
— Sanguinaire et faux berger, —
Te donner le cri suprême
Du plus beau songe, égorgé !


IV. — BERCEUSE


Lorsque vous me prendrez, inévitable et sombre,
O mort, n’oubliez pas
Que j’ai depuis longtemps bien rêvé dans votre ombre
Et dormi dans vos bras.

Et que j’ai bien toujours, même en, le plus bel âge
Des plaisirs éclatans,
Accepté sans gémir, pour vous en faire hommage,
Les traîtrises du temps.

Donc, vous ayant jadis maintes fois célébrée,
Quand vous voudrez venir,
Chantez à votre tour un vieil air qui m’agrée
Et me sache endormir.

Entr’ouvrant un peu plus votre bouche pourrie
Pour un dernier refrain,
Penchez-vous, pour bien voir, nourrice, je vous prie,
S’il ne bat plus, mon sein.

Enfin, vous souvenant que, tendre et sans colère,
J’ai, Madame la Mort,
Tendu les bras vers vous, emportez-moi, ma mère
Comme un enfant qui dort.


V. — IMPRÉCISE


La nuit… la nuit… la nuit… tout est bleu, tout est vague.
Dis ? avons-nous vécu la tristesse et le jour ?
L’oubli… l’oubli… l’oubli… Jette dans l’eau tes bagues
Avec tous les adieux qui n’ont pas de retour.