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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/590

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Ô ténébreux ! fuyons le gouffre épouvanté ;
Pourquoi donc m’aimais-tu, sinon pour ma clarté ? »
Mais lui, funeste, immense, implacable et nocturne,
Accélérait encor la chute taciturne.
Et vous, vous gémissiez : « Je ne vois plus le jour !
Tiens-tu donc à l’enfer plus encor qu’à l’amour ? »

Mais Dieu vous pardonna la descente sublime ;
Car, pareille au plongeur que fascinait l’abîme,
Ayant vu tout l’enfer, vous avez, ô ma sœur.
Triomphé brusquement de votre ravisseur.
Et, hors du gouffre obscur où le néant respire,
Frappant d’un talon nu l’incandescent empire.
Dans un grand froissement de vos plumes d’azur,
Reparu d’un seul bond, à tout ce qui est pur !


LE RETOUR

 

Tu reviendras ce soir, portant des fleurs sauvages,
Par les chemins de l’ombre où les arbres sont bleus,
Et, voilant les reflets des fuyans paysages,
Tout le grand crépuscule assombrira tes yeux.

Tu reviendras, portant la liberté des cimes
Dans ces fleurs de l’espace embaumant tes bras nus,
Et penchée en riant sur de profonds abîmes,
Tu goûteras l’amour des dangers inconnus.

Tu reverras, le long de ces pentes brumeuses,
Les noirs sapins bénir les grands gouffres d’azur,
Et tu te sentiras, par tes veines heureuses.
Au geste végétal accorder ton cœur pur.

Tu reviendras, rêvant d’heures immaculées,
Car le seul vrai bonheur est là haut, tu le sais :
Les ailes de la joie y sont inviolées,
La délivrance y rit dans les torrens plus frais.