Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/550

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Flandre, l’exemple des foyers patriarcaux et prospères, l’aide sociale des patrons à la multitude ouvrière, l’infiltration de catholiques Belges entretiennent la fidélité générale à la famille. En Bretagne, la foi est la plus ancienne, la plus constante, la plus universelle des traditions. Les Vosges, la Lozère, le Cantal, les Hautes-Alpes sont des promontoires que l’incrédulité des plaines voisines entoure sans monter jusqu’à eux ; les Alpes-Maritimes et les Pyrénées-Orientales sont des oasis de fertilité humaine dans le désert familial de la Provence et du Languedoc ; la piété des ancêtres s’y maintient, rajeunie par l’apport d’Italiens et d’Espagnols, et ces fils de races religieuses y multiplient les foyers nombreux. Dans le Doubs, la fécondité de la population varie presque du double selon les arrondissemens et les cantons ; ceux où elle est moindre sont ceux où les populations indifférentes vivent groupées autour de Montbéliard et de Besançon ; elles enfantent avec la même parcimonie que celles du Rhône, et, s’il n’y avait qu’elles, le Doubs compterait parmi les régions dépopularisatrices : il compte au nombre de celles où se perpétue la race parce que sur les hauteurs pastorales de la frontière dure et s’accroît une lignée de familles aux mœurs chrétiennes [1].

Cette force est visible non seulement dans les contrées privilégiées où ces chrétiens forment nombre et se soutiennent de leur société commune, mais aussi dans les régions inhospitalières où ils sont des isolés et s’obstinent dans leur obéissance à Dieu, malgré les ironies et les sarcasmes du scepticisme stérile. S’il est possible de citer les contrées de la France où l’œuvre de la fécondité chrétienne persiste, on ne saurait étendre cet examen à chacune des familles exemplaires qui, sur la plus grande étendue de la France, vivent dispersées, assiégées et comme cachées par la masse des familles restreintes. Toutefois, il est un moyen de saisir sur le vif quelques existences et de rendre, par leur courte histoire, visible aux moins mystiques la raison décisive et toujours la même de leur générosité créatrice.

  1. Les statistiques de natalité, par J. Maître, conseiller général du Haut-Rhin, (Réforme sociale, octobre 1915.) A propos de ces cantons, M. J. Maître ajoute : « Ils sont précisément ceux qui, économiquement, sembleraient soumis à la dépopulation, puisqu’ils n’ont pas l’industrie prospère des régions d’Audincourt et Montbéliard et sont consacrés presque entièrement aux cultures pastorales et forestières. »