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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/546

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socialisme français nous a constamment engagés dans des expériences où elle ne nous accompagnait pas. Elle avait su inspirer à nos prolétaires une impatience de révolte vaine contre les institutions existantes, tandis que, grâce à elle, l’empire grandissait par des transactions. C’est conformément aux programmes intégraux que les socialistes parisiens faisaient la Commune et se séparaient de la France vaincue, sous les yeux de l’armée allemande où le socialisme gardait ses rangs. Hier encore la leçon d’allemand trop bien apprise chantait toujours dans la tête de nos ouvriers son romantisme révolutionnaire, contre les armées permanentes, la patrie. Le socialisme allemand, fidèle à l’Allemagne, laissait passer les lois militaires ; à la veille de la guerre, il refusait de promettre le sabotage de l’armée par la grève générale, et, dans cette armée, il montre, complice de sa race par toutes les pensées et par tous les actes, ce que pèsent la justice et l’humanité en face de l’intérêt allemand.

Or ce socialisme avant tout lié à sa race avait un moyen incomparable de la servir. La foi à la misère nécessairement croissante des travailleurs entraînait comme conséquence la nécessité de limiter cette misère par la limitation des enfans. L’Allemagne, traitant Malthus comme un inventeur, fabriqua de la doctrine restrictive une contrefaçon licencieuse. Elle construisit, ajusta, fournit tous les sophismes faits pour cacher la honte de la stérilité volontaire. Le peuple qui prévoit tout, qui prépare tout, et qui tenait pour inévitable une dernière rencontre avec la France, avait un égal avantage à garder intacte sa puissance prolifique et à réduire le nombre de ses futurs adversaires. Moins il y aurait de travailleurs français, plus la conquête des marchés par les travailleurs allemands serait certaine ; et moins il y aurait de soldats français, plus il serait facile à l’Allemagne de réduire à la taille voulue par elle notre décadence politique. Sans doute, il ne se pouvait pas que l’Allemagne échappât à toute contagion de ses principes en faveur de la stérilité, et en effet l’accroissement de sas population se ralentit un peu plus parmi les socialistes que dans le reste du pays. Mais l’Etat ne leur eût pas permis, et ils n’avaient pas dessein eux-mêmes d’entreprendre en Allemagne les propagandes qu’ils avaient enseignées au socialisme étranger et avec prédilection au socialisme français. Eux n’avaient pas cessé