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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/532

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riches d’enfans que celles de vieille noblesse ou d’opulence établie. C’est parmi ces dépourvus qu’il est le plus consolant de trouver des prodigues. En voici quelques-uns.

L’ironie de notre langue appelle officiers de fortune les officiers sans fortune. Pour élever dix enfans, le capitaine Maire n’avait que sa solde. Il sortit de l’armée pour recruter une armée, celle qui défendait encore la race. On se rappelle la harangue célèbre de 1796 aux troupes faméliques des Alpes : « Vous êtes mal nourris et presque nus, le gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien pour vous. Je vais vous conduire dans les plaines les plus fertiles du monde. » Inconnu et seul, le capitaine s’en alla à travers la France tenter le geste de Bonaparte. Aux parens accablés par leur progéniture et d’autant plus misérables qu’ils conservent plus de vie a la France, il osa dire : « Le gouvernement qui joue à la Providence terrestre et surabonde de moyens pour agir sur le sort des hommes, n’a pas de sollicitude, pas de faveurs, pas de ressources, pas de bienveillance, pas d’équité pour vous. Ce qu’il vous refuse, il vous le vole. Que les emplois publics, à égalité d’aptitudes, récompensent, au lieu des célibataires et des fils uniques, les époux et les fils des ménages féconds ; que les secours du budget n’inondent plus les foyers vides et ne se détournent plus des foyers altérés ; que la nation ouvre les places gratuites de ses écoles supérieures aux enfans des vastes familles ; que les lois fiscales cessent d’être spoliatrices aux héritiers nombreux ; que l’Etat, au lieu de décourager et de dédaigner, honore la paternité. Pères vous êtes, dans une société où le nombre est la force suprême, les créateurs du nombre. Pour constituer votre puissance, il vous suffit de vous réunir. Puisque le maître de l’Etat est l’électeur, entendez-vous aux jours de vote, ignorez qui vous ignore, et réservez vos suffrages à qui vous promet réparation. L’on comptera avec vous dès que, vous comptant vous-mêmes, vous aurez uni votre multitude en un parti, des partis le plus légitime, car il sauvegarde l’avenir. » Qui inspirait à cet homme tant de hardiesses : accepter les gênes du foyer surpeuplé, affronter la malveillance des politiciens, risquer l’inattention de ceux même qu’il venait secourir ? Il a donné, après l’exemple, le secret de ces témérités ; il n’a pas fait mystère que sa persévérance à être père et à se mettre au service des pères étaient des actes de sa foi