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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/525

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visage de vieille bourgeoisie et de jeune noblesse, gardait les mêmes traits ; cette hérédité du travail qui avait préparé l’hérédité des honneurs ; ce culte de la vie domestique et des solennités intimes où le lettré s’entoure des siens comme un patriarche ; cette vaste table autour de laquelle, quand ils sont seuls, ils sont trente-deux ; cette vocation ancestrale du père qui, en pleine défaite de 1870, écrit à ses fils et à ses filles : « Ayez autant d’enfans que vous le pourrez ; » cette existence sans fièvre d’un sage, persuadé qu’ « où Dieu nous veut est pour nous le devoir » ; cette mort sans crainte, « car il était chrétien [1]. » Le père de l’académicien avait huit enfans ; l’académicien quatre ; un de ses fils huit et parmi eux deux filles dont l’une avait quatorze enfans et l’autre huit.

Que la religion du travail, de la foi et de la famille s’attirent, s’unissent et se fortifient l’une par l’autre, il n’est pas besoin pour l’établir de le proclamer sous la Coupole. Les grandes vérités font leurs preuves par des serviteurs inconnus et des témoins obscurs. L’existence la moins publique est sue de ses voisins, la plus retirée est un observatoire d’où l’on a au moins quelques vues des environs, et c’est grâce aux informations courtes de spectateurs sincères en leurs récits, qu’on parvient, à l’aide de fragmens ajoutés, à la connaissance de l’univers. Par cette méthode chacun de ceux que la famille intéresse, s’il regarde et s’informe, retrouvera partout la même loi de formation et de développement. A cet examen l’on ne saurait ajouter ici que le rappel de quelques faits.

Pendant plus de trente années et jusqu’à la fin du XIXe siècle, un infatigable soutien du catholicisme, par les œuvres, la politique et la parole, fut Charles Chesnelong. Il prêchait aussi d’exemple, et avait eu neuf enfans. Tandis qu’un de ses fils et une de ses filles se consacraient à Dieu, les autres perpétuèrent la race. Et, de cette race, douze, aujourd’hui, avec leur dévouement de femmes ou leur courage d’hommes, défendent la France ou sont morts pour elle.

Quiconque n’est pas étranger aux difficultés sociales de notre temps sait que leur principal remède est l’association. Sous le nom de syndicats elle s’est assuré peu à peu une place où elle étouffe encore dans la prison de la loi, mais en fait

  1. Discours de M. Labiche à l’Académie française, le 25 novembre 1880.