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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/482

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par-dessus bord, surnage. L’Empereur, qui n’est pas encore revenu à « son cher Bernard, » au prince de Bülow, semble n’avoir eu que peu de choix. Il s’est résigné à appeler à Munich M. de Hertling, né Hessois, devenu président du Conseil en Bavière, et qui, pour devenir président du Conseil ou premier ministre en Prusse, s’autorise de la fiction de l’indigénat commun allemand. Aux termes de la Constitution, le Chancelier de l’Empire est de droit président du Bundesrath ; et, aux termes du traité conclu entre la Prusse et la Bavière, le 23 novembre 1870, cette présidence du Bundesrath ne peut appartenir, à défaut d’un représentant de la Prusse, qu’à un représentant de la Bavière ; mais, par surcroit, le Chancelier doit être le premier plénipotentiaire prussien au Conseil fédéral, et il ne peut l’être que s’il est le premier ministre prussien ; autrement, il serait exposé à recevoir, comme premier plénipotentiaire, des instructions du premier ministre de Prusse, au-dessus duquel il est placé comme Chancelier de l’Empire. Ce n’est pas une petite difficulté, et qui a déjà fait, dans le passé, renoncer à deux essais malencontreux. M. de Hertling, à soixante-quatorze ans, charge donc ses épaules du triple fardeau de la Chancellerie, de la présidence du Bundesrath et de la présidence du Conseil des ministres prussien. Philosophe non négligeable, professeur réputé, parlementaire expert, administrateur habile, il m; s’assied pas sans atouts à la table. Le comte Hertling n’est point un homme nouveau, un inconnu comme l’était M. Michaëlis. Ceux qui le suivent depuis le plus longtemps retiennent surtout son catholicisme, son pangermanisme, son rôle dans l’Association Gœrres, et soulignent que, tout récemment encore, il préconisait le partage de l’Alsace-Lorraine, laissant la Lorraine à la Prusse, pour adjuger l’Alsace à la Bavière, au titre du Palatinat. D’autres, qui le prennent plus près, annoncent qu’il donnera toute satisfaction aux goûts de réformes qu’ont marqués, depuis quelque temps, les partis de gauche du Reichstag. Les malins ou les raffinés se sont piqués d’apercevoir, dans la désignation de ce coryphée du Centre, aux jours de l’invasion en Italie, où ils pensent, d’ailleurs à tort, que certaines dispositions ou inclinations pourraient être utilement cultivées, une combinaison machiavélique. Soit ; mais n’omettons pas non plus d’y voir, comme la Prusse tout entière l’y voit, un symptôme de diminution du « prussianisme » dans l’Empire, et, comme l’y voit toute l’Allemagne du Nord, un accroissement de l’Allemagne du Sud.

Quant à M. de Hertling personnellement, il est probable que, ballotté entre les tendances de son esprit et les exigences de sa position,