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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/475

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eût-elle, de son feu purificateur, dévoré l’affreuse anarchie où se dissout, au pire détriment de l’Entente, l’un des plus formidables parmi les Alliés. De même l’offensive d’avril avait empêché les Austro-Allemands d’exécuter, sur le front italien, le coup de longue date prémédité et préparé par Conrad de Hœtzendorff, revu et corrigé par Hindenburg. L’Italie y avait gagné, et l’Entente, bien entendu, y avait gagné avec elle, la liberté de mouvement qui avait porté ses troupes, de l’autre côté de l’Isonzo, sur le plateau de Bainsizza, entre les routes de Laybach et de Trieste.

Ni directement ni indirectement, on ne saurait donc alléguer que l’offensive du 16 avril n’avait pas eu d’heureux effets et que son abandon n’a pas eu de regrettables conséquences. Il s’agit, disons-nous, de fixer une responsabilité historique. L’heure n’en est pas venue, mais elle viendra. En attendant, ne craignons pas de dénoncer la fameuse maxime, ou la maxime, faussement appliquée, qui traîne à travers tout cela. « Au Gouvernement, prétend-on, — et c’est vrai, — appartient la direction politique de la guerre. » C’est vrai ; mais à la condition d’abord qu’il y ait un « gouvernement, » et qu’ensuite il ne revendique, de la guerre, que la direction « politique. » Or, chez nous en particulier, quand un ministère s’est mêlé de la guerre, il l’a fait précisément là où il eût dû s’abstenir avec le plus de scrupule, en intervenant non dans la politique, qui était son domaine, mais dans la stratégie, qui lui était fermée. Et, d’une façon générale, un des points les plus faibles entre toutes les faiblesses des gouvernemens de l’Entente, a été que nulle part, à peu près, — sauf en Italie, où l’on a pourtant commis la faute de croire que Trieste ne serait rachetée que sur le Carso, comme nous avions cru que l’Alsace ne serait reprise qu’à Mulhouse, et comme la Roumanie avait cru que la Transylvanie ne serait conquise que sur le Maros, — nulle part, il n’y a eu une politique de guerre; jamais la politique n’a guidé, inspiré, orienté la stratégie ; jamais elle ne lui a montré un but, en lui laissant le choix des moyens.

On voudrait le dire avec ménagement ; mais, dans cette guerre, les gouvernemens ont fort peu pensé. Peut-être parce qu’ils manquaient de renseignemens, ils ont manqué d’imagination. Mais, dans la politique de la guerre, comme ailleurs, manquer d’imagination, c’est être privé d’esprit d’initiative. A deux reprises, il eût fallu en avoir. Il eût fallu savoir et voir que, l’État magyar étant l’épine dorsale de la Monarchie austro-hongroise, on devait, si militairement on le pouvait, pendant que la Serbie était intacte, tâcher d’aller à