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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/464

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destinés normalement à cet usage. On s’est décidé, — mieux vaut tard que jamais, mais mieux encore eût valu plus tôt, — à faire ici un récent progrès en fixant à 60 francs le prix du blé de 1918. Ce prix est encore de beaucoup inférieur à celui auquel revient le blé américain rendu à nos ports. C’est par suite d’un phénomène analogue que les disponibilités exotiques en froment ont été déficitaires cette année, les agriculteurs en Argentine, par exemple, ayant souvent préféré laisser manger leur blé en herbe par le bétail dont ils tiraient un bénéfice plus élevé.

A toutes ces raisons de déficit, il faut ajouter le gaspillage du pain aux armées et dans les corps de troupes de l’intérieur, dont tous ceux qui sont soldats ont été souvent scandalisés et qu’un peu d’organisation et des mesures stimulatrices très faciles à imaginer auraient pu et pourraient encore diminuer beaucoup.

Tel est l’aspect actuellement assez inquiétant du problème de notre approvisionnement en blé : je n’ai pas le désir de montrer aujourd’hui comment on devrait en améliorer la solution en intensifiant la production qui ne court aucun risque, bien plus qu’en comptant sur l’importation de plus en plus aléatoire.

C’est un autre aspect de la question que je voudrais aujourd’hui examiner, et qui est celui-ci : Étant donné la quantité limitée de blé dont nous disposons, quelle est la meilleure manière d’en tirer parti, d’en obtenir le rendement le plus profitable ? Quel est le meilleur mode de placement de notre capital-blé, étant donné que ce capital a beaucoup diminué ? Ne peut-on pas en quelque manière compenser sa diminution quantitative par une amélioration qualitative de son usage ? Quelle est en un mot la manière de tirer d’une quantité limitée de blé le plus possible de nourriture utile au pays ?

Afin précisément de compenser en partie la diminution de notre provision de blé, des mesures législatives et gouvernementales ont, à diverses reprises depuis la guerre, réglementé d’une manière de plus en plus sévère le taux de blutage des farine ? Je m’explique d’abord sur ce mot, mot technique, naguère banni des conversations mondaines même les plus averties, que plus d’un lettré ignorait sans doute, et qui est en passe de devenir un des mots essentiels de la langue en tant qu’elle exprime nos pensées dominantes.

Le blé broyé en fines particules entre les meules ou les cylindres de la meunerie peut fournir différentes espèces de farines suivant que les diverses parties qui constituent le grain de froment y entrent en proportions différentes, en totalité ou en partie.