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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/461

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Revue scientifique – La question du pain


Si l’on veut bien me le permettre, je placerai sous l’égide de Molière la pensée qui me guide en abordant aujourd’hui la grande, la passionnante, l’angoissante question du pain.

Lorsque le bonhomme Chrysale criait à ses pimbêches :

Je vis de bonne soupe et non de beau langage,

elles considéraient sans doute, et avec elles beaucoup de spectateurs, qu’il disait une grosse sottise, tant l’habitude de trouver à portée de la main, dans « le plus riche pays de la terre, » tout ce qui est nécessaire à la vie, avait presque rendu indifférent à ce qui est précisément essentiel ; de même qu’à voir lever tous les jours le soleil, la plupart des gens ont fini par oublier que, sans lui, ils ne seraient pas là.

Il y a peu de jours, l’administration nous a invités à remplir un document hiéroglyphique dénommé « carte de pain » dont l’existence même, le texte et le caractère fournissent bien des sujets de méditation. Prenons-en le texte d’abord : il est tellement ésotérique que je sais des agrégés docteurs ès sciences qui ont renoncé, après de vains efforts, à le déchiffrer, et ont dû s’adresser pour cela au Champollion à manches de lustrine posté à cette fin au guichet de la prochaine mairie. Par-là notre bureaucratie a voulu, je pense, nous montrer une fois de plus combien elle est habile pour compliquer les problèmes simples, ce qui évidemment compense un peu son incapacité de débrouiller ceux qui sont compliqués.

Un autre caractère de la « carte de pain » a beaucoup frappé