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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/363

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liberté que l’on peut faire au milieu de la France ; sans mettre en considération un nombre infini de chrétiens grecs et arméniens, lesquels en leurs plus pressantes nécessités, et lorsqu’ils se sentent oppressés, n’ont recours plus assuré, et ne cherchent autre protection que le nom puissant de nos rois, qui les met à couvert par le ministère de nos ambassadeurs… Tous les évêques des îles de l’Archipel subsistent par le seul nom français et se maintiennent avec cette protection.


Puis de Brèves passe aux Maronites, ces autres Français. Mais brusquement transparaît de nouveau, sous la satisfaction du diplomate justement fier de ses œuvres, l’aspiration séculaire, mortifiée, mais frémissante encore, vers la Croisade :


Serait aisé, si jamais on faisait entreprise pour la conquête de la Terre-Sainte, de tirer quinze ou vingt mille arquebusiers du peuple maronite, lequel affectionne grandement la religion catholique, mais particulièrement le nom français, auquel ils ont tout leur recours ; ce qui rend d’autant plus considérable l’intérêt de cette amitié.


Le souffle de croisade se prolonge : et les lignes suivantes donnent presque l’illusion que le but des croisades fut atteint :


Quelle gloire au roi de France très chrétien, d’être seul protecteur du saint lieu où le Sauveur du monde a voulu naître et mourir ! Quel contentement de voir que le Saint-Sépulcre soit servi de trente ou quarante Cordeliers choisis de toutes les nations, lesquels prient Dieu continuellement pour la prospérité des princes chrétiens, et particulièrement pour notre Roy leur seul conservateur, sous l’aveu duquel ils ont pouvoir d’habiter en Hierusalem, y faire librement le service divin, et recevoir les pèlerins de toutes nations !


Une voix se rencontre, à l’instigation des ennemis politiques de la France, pour protester, néanmoins, contre ce « très chrétien » Louis XIII, qui a l’audace de forniquer avec le Turc : c’est la voix d’un étranger, qui signe Armacanus, et l’ouvrage, daté de 1635, s’appelle le Mars Gallicus. L’intransigeant personnage qui crie si fort à la mésalliance n’est autre qu’un prélat qui occupe le siège épiscopal d’Ypres ; il a nom Jansénius. Sa politique est plus puriste que sa doctrine théologique n’est pure.

Mais ce même Père Joseph que nous avons vu préparer la croisade et même, faute de mieux, la chanter, a répliqué d’avance à l’hérésiarque dans un petit opuscule qu’il intitulait :