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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/331

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bancs, ainsi que leurs emplacemens, parce qu’ils vont dicter la tactique de l’amiral Rouyer.


* * *

Formée en ligne de file, la Deuxième escadre légère était éclairée à cinq milles devant par la Jeanne d’Arc, que précédaient elle-même la 1re et la 2e escadrilles de torpilleurs, également en lignes de file, et placées à 10 milles de part et d’autre de son avant. Telles les antennes d’une bête marchant à la découverte, sur un terrain où quelque mauvaise surprise serait possible. En cas d’alerte, la Jeanne d’Arc prendra le poste n° 3 dans la ligne des croiseurs, tandis que les torpilleurs viendront se ranger en queue, prompts à s’élancer. Aussitôt chacun à sa place, signal d’approvisionner les parcs des différentes pièces et de procéder aux dernières dispositions de combat, celles que l’on ne prend que lorsqu’on s’attend vraiment à livrer bataille. Alors fut jeté à la mer tout le matériel qui n’était pas strictement indispensable et pouvait alimenter un incendie, comme embarcations de trop, linoléum dont sont recouverts les ponts en tête, bancs et tables de bois sur lesquelles mange l’équipage, paperasses, meubles des cabines, fauteuils, matelas et coussins des « carrés », rambardes inutiles, ainsi que quantité d’objets de simple commodité dont l’absence va rendre les navires à peu près inhabitables. En revanche, ils redeviendront ce pourquoi ils ont été uniquement construits : des monstres machinés en vue de la lutte suprême, hérissés à tous les étages de longues gueules de canons, de projecteurs électriques, de télémètres, de fils et d’antennes, de herses à fanaux, et de tous les appareils que la science a inventés pour envoyer la mort plus sûrement et de plus loin. Comme il faisait très chaud, les hommes étaient à demi-nus, en pantalon de toile et tricot, les servans des pièces avec une espèce de casque à oreillettes pour ne pas être rendus sourds par l’effroyable vacarme qui peut éclater d’un moment à l’autre. A l’exaltation du départ avait succédé un calme impressionnant ! Voyant faire des préparatifs qui indiquaient l’imminence du combat, sans qu’il fût question des Anglais, les matelots eurent conscience de ce que la Patrie exigeait d’eux, et n’en devinrent que plus farouchement déterminés à remplir leur devoir, tout leur devoir.

« Nous avons tous pensé que l’action était proche, dit une