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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/314

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du côté de la mer, en même temps qu’elle tournait notre seule ligne de défense. Malgré les nombreux avertissemens reçus, nous n’avions jamais voulu croire à une attaque venant de ce côté, de sorte que les Allemands avaient tout lieu de tabler sur sa réussite la plus complète.

Il est de la dernière évidence que, sans l’appui de la marine anglaise, notre situation eût été des plus critiques, pour ne pas dire davantage. Livrés à nos seules forces navales, les Russes ne pouvant sortir ni de la Baltique ni de la Mer Noire, nous restions, en face des flottes austro-allemandes, dans la proportion de 2 contre 5 et, infériorité plus sérieuse encore, n’ayant que 4 dreadnoughts (10, si l’on ajoutait nos 6 cuirassés du type Danton, bien que pas tout à fait du même échantillon) à opposer aux 24 de l’adversaire. Quant à nos sous-marins, il ne fallait pas songer à leur demander ce que l’Allemagne obtiendra des siens, tous pourvus d’excellens moteurs qui nous manquaient, non plus qu’à en multiplier le nombre, comme le lui ont permis ses immenses ressources métallurgiques et industrielles. D’où la conclusion que nous aurions été étroitement bloqués au bout de peu de jours. Ce qui, dans l’état d’impréparation où nous surprenait la guerre, signifiait le manque de tout à brève échéance, nos villes du littoral bombardées et rançonnées, avec la possibilité désastreuse qu’une armée fût débarquée quelque part pour nous prendre à revers.

Nous étions donc comme l’honnête homme dont parle Voltaire, auquel ne restait plus qu’à prier Dieu que ses ennemis fissent des sottises. Celles des Allemands furent heureusement telles qu’il devint impossible à l’Angleterre de ne pas s’apercevoir du danger qu’elle courrait en nous abandonnant. Malgré l’opposition d’abord manifestée par les partis avancés, qui, par leurs aberrations pacifistes, ont fait partout le jeu de l’Allemagne, elle exécuta, au dernier moment, le geste dont la menace aurait peut-être suffi, quelques heures plus tôt, pour éviter la guerre, — cette fois-là du moins, parce que, depuis Agadir, il n’était au pouvoir de personne d’empêcher que finit par éclater l’orage qui montait de Berlin. Hâtons-nous d’ailleurs de reconnaître que le concours in extremis de la Grande-Bretagne nous a aussi incontestablement sauvés que, un mois plus tard, la prodigieuse victoire de la Marne sauvait le monde entier de la barbarie allemande.