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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/306

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nouvelles et sa mère la punit par le silence. Enfin, de Neuilly, le 15 octobre (23 vendémiaire), elle écrit : « Par la date de ma lettre, tu vois que je fais le service. J’ai remplacé Mme Adélaïde dont le père a eu une attaque d’apoplexie [1]. Je suis venue samedi faire mes visites et j’étais de retour dimanche avant midi pour la messe. Depuis ce jour, la princesse a gardé le lit pour cause de petites indispositions. Il fait aujourd’hui un temps affreux, grand vent, froid et pluie. Tu sauras qu’on a reçu avant-hier soir, dans la nuit, la nouvelle d’une grande victoire emportée par le prince Murat sur les Autrichiens [2]. Il leur a fait douze mille prisonniers. C’est un beau commencement. Tu as dû recevoir des nouvelles de ton mari, puisque je t’ai renvoyé un gros paquet venant de lui et adressé au ministère de la Guerre. On dit que le maréchal Masséna avait ordre de se tenir sur la défensive [3]. Peut-être que cette affaire de l’Armée du Rhin fera changer les dispositions de l’Armée d’Italie. »

Trois jours plus tard, le 26 vendémiaire (18 octobre), elle annonce des victoires dignes du « commencement. » « Les nouvelles de l’Armée du Rhin, écrit-elle ; sont on ne peut plus satisfaisantes. Nous avons remporté trois victoires coup sur coup [4]et nous sommes à Munich. L’Armée d’Italie est restée jusqu’à présent sur la défensive. Peut-être aura-t-elle l’ordre, d’après les affaires d’Allemagne, d’attaquer. Cependant je t’assure qu’il n’y a encore rien eu. Je le sais positivement hier du prince Louis, chez qui nous sommes restés depuis trois heures jusqu’à minuit. La princesse Louis a été très étonnée lorsque je lui ai dit qu’avant ton départ, tu t’étais présentée pour l’avoir. Elle ne l’a pas su, de sorte qu’elle m’a dit qu’elle était un peu fâchée, mais qu’elle ne t’en voulait plus. Elle te verra avec plaisir à ton retour. Nous étions douze femmes rassemblées chez elle le soir et il n’y avait pas un homme. On éprouve une disette extrême de cette espèce d’êtres. Tu ne t’en es pas encore aperçue, mais cela viendra. »

Le séjour à Oigny s’abrège. Le 2 brumaire (24 octobre) Mme Saint-Cyr écrit à sa fille : « Encore neuf jours et tu seras

  1. Il n’est mort que le 28 avril 1808.
  2. Combat de Wertingen (8 octobre).
  3. Envoyé pour commander l’Armée d’Italie à la place de Jourdan.
  4. Combats de Gruzburg, d’Elchingen et de Memmingen.