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Page:Revue des Deux Mondes - 1917 - tome 42.djvu/305

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ressources. Elle y vient passer quelques jours. Elle quille sa mère le 3 octobre (11 vendémiaire) et celle-ci lui écrit de Maisons le 5 et lui raconte son interminable tête-à-tête avec un vieux voisin qui n’est supporté qu’à cause de ses quatre-vingt-quatre ans.

« A cinq heures arriva Mme Devaux [1]qui me tira fort heureusement de mon tête-à-tête. Nous dînâmes et, à six heures et demie, je reçus deux lettres de Mme de Beauharnais qui nous invitait à dîner à Neuilly, chez la princesse, ce même jour jeudi. Il était trop tard pour m’y rendre, de sorte que j’y suis allée hier. J’ai vu la princesse. Elle m’a demandé de tes nouvelles, m’a dit qu’elle te trouvait très bien, combien de temps tu resterais à ta campagne ? Enfin, j’ai su qu’elle n’a point le projet d’aller à Strasbourg, qu’elle passera l’hiver à Neuilly, parce que l’hôtel qu’elle fait arranger [2]a besoin de grandes réparations qu’il faut dix-huit mois pour qu’il soit en état de la recevoir. Ce ne sera donc qu’alors qu’elle quittera sa campagne. Je vis un moment Jérôme qui était arrivé la veille [3]. Il est d’un changement incroyable. C’est tout à fait la princesse Elisa, excepté que son teint est tout à fait bien et ses cheveux d’un plus grand noir. Il est d’une maigreur extrême et a un fonds de tristesse dans sa physionomie qui n’est pas ordinaire à son âge. J’ai vu Mme de Lagrange qui fait son service, ainsi me voilà renvoyée à je ne sais quand. Elle m’a appris que Mme de Laplace était restée à Lucques [4]. Les autres ont passé à la princesse Borghèse. Je suis revenue coucher ici. Je me repose aujourd’hui. Demain je retourne à Paris. Je verrai le matin Mmes Saint-Martin et Lambert, Mme Mathieu, et, à cinq heures et demie, je serai à Neuilly pour dîner. La princesse recevra. Il faut faire les honneurs. J’y serai vraisemblablement jusqu’à onze ! Lundi, je chercherai des appartemens et je reviendrai me caser à Maisons. »

Dix jours sans lettre, Constance va d’un parent chez l’autre, de Vailly à Oigny, elle n’a pas le temps de donner de ses

  1. Sa belle-sœur,
  2. L’Elysée.
  3. Jérôme après avoir quitté miss Paterson est arrivé à Alexandrie où il a été contraint de céder à la volonté de son frère, et il a abandonné « sa femme américaine. »
  4. Marie-Anne-Charlotte Courty de Romange, mariée le 15 mars 1788 à Pierre-Simon Laplace, membre de l’Académie française et de l’Académie des Sciences, ministre, sénateur, etc., dame pour accompagner la princesse Elisa.